"le Monde", 28 juin 2012

Une ligne de fermeté critiquée par les défenseurs des migrants

 

UR LE DOSSIER immigration, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, entend se montrer « généreux » et « ferme » à la fois. Un exercice d’équilibriste des plus délicats, pour l’ancien directeur de la communication de François Hollande qui sait combien la politique migratoire reste un sujet sensible pour le Parti socialiste.

A ce titre, une partie de ses annonces devraient apaiser les défenseurs des droits des migrants. L’annonce de la suppression du « délit de solidarité » est ainsi un geste adressé particulièrement aux militants qui défendent les droits des étrangers. Beaucoup sont politiquement plus proches du Parti communiste, du NPA ou du Front de gauche que du PS, et prônent une régularisation massive de « tous les sans-papiers ».

Depuis longtemps, les défenseurs des droits des étrangers, qui connaissent les divisions internes du PS sur l’immigration et sa frilosité notamment sur la question de la rétention ou des régularisations, se méfient des socialistes. Ces cinq dernières années pourtant, leurs critiques, levier puissant de mobilisation, avaient relativement épargné le PS pour se consacrer presque exclusivement sur la politique répressive mise en place par Nicolas Sarkozy depuis son premier passage Place Beauvau, en 2002.

Mais l’arrivée de M. Valls au ministère de l’intérieur a focalisé la critique de militants déjà échaudés par la campagne présidentielle de M. Hollande, qui a de plus en plus teinté de « fermeté » le discours « humaniste » traditionnel du PS. En conservant dans ses attributions les dossiers de l’asile et des naturalisations, pratique héritée de son prédécesseur, le nouveau ministre les a d’emblée inquiétés, au point d’être placé sous pression, via des critiques adressées, presque quotidiennement, par communiqué. Sa ligne « ferme » sur les expulsions et les régularisations, coeur de leur activisme, risque toutefois de ne pas les rassurer. Car M. Valls confirme qu’il s’en tiendra, côté statistiques, au même niveau de régularisations que le gouvernement précédent.

Le choix politique n’est pas anodin. Au PS, M. Valls s’est depuis longtemps distingué par sa fibre sécuritaire sur ces questions. L’ex-candidat aux primaires avait ainsi proposé la mise en place de quotas migratoires alors que dans le même temps, son camarade et concurrent Arnaud Montebourg plaidait pour des « critères généreux » de régularisations.

Il y a quelques années encore, ces positions auraient scandalisé la rue de Solferino. Pas sûr qu’aujourd’hui elles émeuvent un grand nombre de camarades. Rien de surprenant, en réalité, de la part de socialistes qui, en fin de campagne présidentielle, ont évolué sur cette question, sous la double pression du score de Marine Le Pen au premier tour (18 %) et d’un Nicolas Sarkozy décidé à faire de l’immigration le champ majeur de l’affrontement présidentiel.

Longtemps taxés par la droite d’angélisme et de naïveté, et tirant les leçons de la défaite de Lionel Jospin en 2002, qui avait en partie perdue la présidentielle à cause de cela, M.Hollande et ses camarades entendent démontrer que cette période est révolue. Le candidat socialiste, lors du débat télévisé d’entre-deux-tours avec M. Sarkozy, avait mis en avant la crise pour proposer de fixer tous les ans, à l’issue d’un débat parlementaire, le nombre d’étrangers à accueillir.

Quant à la question, hautement symbolique, du droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales, une promesse de François Mitterrand en 1981 reprise par François Hollande en 2012, le ministre de l’intérieur se montre extrêmement prudent.

Le président de la République, constatant qu’il ne disposerait pas de la majorité des trois cinquièmes au Parlement réuni en Congrès pour adopter cette modification de la Constitution et qu’il faudrait donc en recourir comme promis à un référendum très risqué politiquement, assurait il y a quelques jours encore que sur ce point, « la question n’est pas modifiée ».