Nicolas Sarkozy, chantre de la fermeté

RFI 6 février 2006
 

Dans sa conquête de l’opinion publique, Nicolas Sarkozy a choisi d’être celui par qui le débat arrive. C’est une stratégie délibérée. Le ministre de l’Intérieur propose des solutions aux problèmes que d’autres évitent consciencieusement d’aborder ; et à travers ces solutions, une autre vision de l’organisation de la société française, victime, à ses yeux, de blocages qui la handicapent et qui la ravalent désormais au rang de société en panne, de société qui n’a plus de « modèle » que le nom, dans le sens où un modèle, autrement appelé référence, gabarit, échantillon, spécimen ou tout simplement patron, un modèle donc, c’est fait pour être copié, et que plus personne, aujourd’hui, ne cherche ou ne chercherait à le faire...

Nicolas Sarkozy y voit la preuve d’un déclin de la France. Et l’absolue nécessité de changer la maison du sol au plafond, ou presque. Il en va de la sécurité comme d’autres questions qui ne relèvent pas à proprement parler de son domaine de compétence, mais qu’il s’évertue à éclairer avec ses propositions en vue de l’élection présidentielle à laquelle il compte bien se présenter, on le sait, avec l’étiquette d’homme de la rupture, rebaptisé après bien des débats, homme de la provocation par une opposition elle-même en mal d’idées.

L’archétype de Nicolas Sarkozy, qui se nourrit des critiques puisqu’il veut être celui par qui le débat arrive, il faudrait donc le chercher du côté de chez nos voisins anglo-saxons qui privilégient l’efficacité économique assise sur une autre organisation de l’Etat, ce qui vaut d’ailleurs, au ministre de l’Intérieur, d’avoir également été rebaptisé plus poétiquement « chantre de la fermeté ». Son plan sur l’immigration présenté hier par le Journal du Dimanche, prend tout son sens dans ce cadre. Il se veut pragmatique, et l’est incontestablement, même si différentes associations et les partis de gauche, à l’exception du PS, regroupés dans un collectif contre « l’immigration jetable », le condamnent au motif qu’il va, très vite, devenir une fabrique de clandestins.

Nicolas Sarkozy présentera son plan jeudi, lors du comité interministériel de contrôle de l’immigration. Il vise, c’est connu, à mettre en place une immigration choisie plutôt que subie. Et propose, pour y parvenir, des objectifs que l’on dira chiffrés, assortis de la généralisation d’un « contrat d’accueil et d’intégration ». Sans entrer dans le détail des mesures, retenons que c’est le gouvernement qui indiquerait au Parlement les objectifs quantitatifs prévisionnels de visas et de titres de séjour pour les trois années à venir. Ils seraient fonction des capacités d’accueil de la France en matière d’emploi, de logement, et d’éducation nationale. Le regroupement familial serait, lui-même, encadré et impossible, sans apporter la preuve que la famille peut vivre des revenus de son travail. Quant au contrat d’accueil et d’intégration, il passerait par un apprentissage du français, l’égalité hommes-femmes et le respect des lois.

La proposition tombe à pic. Les français reconnaissent en effet majoritairement la nécessité d’un durcissement de la politique du gouvernement en matière d’immigration. Et après les émeutes des banlieues, ce n’est pas le débat sur les caricatures ou dessins du Prophète et les démonstrations de colère, dans certains pays arabes, qui vont changer les choses. Au contraire, certains y voient la preuve de l’incompatibilité de l’islam et des valeurs occidentales...

par Patrice Biancone