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Quand l’Etat s’approprie l’identité nationale,‭ ‬la xénophobie est là

vendredi 18 mai 2007.
 

Que peut bien venir faire l‭’« ‬Identité nationale‭ » ‬dans les grands domaines d’action et de gestion de l’Etat‭ ? ‬L’appellation des ministères dessine,‭ ‬en effet,‭ ‬les principaux champs de compétences et de pouvoir du gouvernement de cet Etat.‭ « ‬Développement durable‭ »‬,‭ « ‬Travail et relations sociales‭ »‬,‭ « ‬Economie et Emploi‭ »‬,‭ « ‬Défense‭ »‬,‭ ‬etc.‭ ‬y trouvent naturellement leur place.‭ ‬Et pourquoi pas l‭’« ‬ Immigration‭ »‬,‭ ‬dans le contexte utilitariste explicitement assumé par la réforme de‭ ‬2006‭ ‬de la réglementation relative aux étrangers,‭ ‬selon laquelle le migrant est plus que jamais assimilé à une ressource parmi d’autres ‭ ?

‬Au nom de l’égalité des êtres humains et de l’universalité des droits essentiels dont ils doivent tous bénéficier,‭ ‬l’UCIJ a condamné cette réforme et rejette les notions d‭’« ‬immigration choisie‭ » ‬et d‭’« ‬ immigration subie‭ »‬.‭

‬Avec la création d’un ministère de l‭’« ‬Immigration,‭ ‬de l’Intégration et de l’Identité nationale ‭ »‬,‭ ‬M. Sarkozy avance davantage sur le chemin de la division de l’espèce humaine.‭ ‬En investissant l’Etat du pouvoir de définir l’identité nationale et de veiller à son intégrité,‭ ‬il le détourne de sa mission républicaine qui lui impose de garantir les droits de tous les résidents,‭ ‬quelle que soit leur nationalité.‭ ‬Sauf au cours des périodes les plus détestables de l’histoire de France,‭ ‬l’Etat ne s’est jamais senti responsable des seuls Français ‭ ; ‬il n’a jamais officiellement laissé entendre que les étrangers pouvaient polluer l’identité nationale.‭ ‬L’Etat ne saurait être assimilé à la nation.‭ ‬Il doit la transcender.‭

‬Fidèle à cette orientation nationaliste,‭ ‬le nouveau premier ministre,‭ ‬François Fillon,‭ ‬a affirmé,‭ ‬lors de la passation de pouvoir à Matignon le‭ ‬17‭ ‬mai‭ ‬2007,‭ ‬que‭ « ‬la plus grande force de la France,‭ ‬ce sont les Français eux-mêmes »‬,‭ ‬oubliant ainsi les résidents étrangers.‭ ‬L’omission est particulièrement paradoxale dans une période où le seul étranger recevable est celui qui sert l’économie.‭

‬L’UCIJ constate une fois de plus que la fermeture des frontières aux étrangers qui ont besoin de la France pour des raisons familiales,‭ ‬de sécurité ou de bien-être conduit inexorablement à justifier la violation des droits fondamentaux‭ ‬-‭ ‬droit de vivre en famille,‭ ‬asile,‭ ‬etc.‭ - ‬par la légitimation de vieilles et dangereuses valeurs xénophobes.‭

‬L’UCIJ condamne solennellement cette dérive.‭ ‬Elle invite la société civile à prendre garde aux risques majeurs qu’elle fait courir au principe d’égalité des êtres humains.

Paris,‭ ‬18‭ ‬mai‭ ‬2007