Bons et mauvais immigrés

"l’Humanité", 10 février 2006
 
Étrangers. Derniers arbitrages sur le projet de loi « immigration et intégration », objet d’une lutte intense entre Villepin et Sarkozy.

En langage militaire, on appelle ça une guerre de positions. Sa spécificité : elle met aux prises les plus hautes sphères de l’État. 11 juillet 2005 : revenu place Beauvau, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à « choisir » les immigrants autorisés à entrer en France.

Deux mois plus tard, le 29 septembre, le premier ministre prévient : il n’est « pas question de remettre en cause le droit du sol ». Pas question surtout de laisser au seul Nicolas Sarkozy le dossier sensible de l’immigration. Ce dernier, pourtant, le revendique haut et fort. Après celui de la sécurité, c’est même, désormais, son nouveau cheval de bataille (présidentielle). Dernier épisode en date : un entretien dans le Journal du dimanche du 5 février dernier, dans lequel il détaille, « en avant-première », les mesures du projet de loi « immigration et intégration ». Mesures dont certaines devaient encore faire l’objet d’arbitrages, comme sur la question épineuse des quotas. Et de fait, les « objectifs quantitatifs prévisionnels de visas et de titres de séjour », annoncés fièrement par Nicolas Sarkozy dimanche, ont été mis de côté hier, lors du comité interministériel sur la question, au profit de simples « estimations ». Le projet de loi ne vise pas à « mettre en place des quotas », a même réaffirmé Dominique de Villepin.

Reste un texte qui organise une « immigration choisie » en créant une nouvelle carte de séjour baptisée « talents et compétences » à destination des étrangers hautement qualifiés. De même, afin de pallier le manque de main-d’oeuvre dans certains métiers, le gouvernement a établi « des listes » de secteurs « tendus » où les employeurs pourront faire appel à des étrangers : « mécanique, maintenance industrielle, froid, hôtellerie-restauration, travaux publics, infirmières ». Les mauvais immigrés, eux, les non-qualifiés, sont priés de rester chez eux.

Le projet de loi durcit leurs conditions d’entrée : le regroupement familial ne pourra être demandé qu’après deux ans de présence sur le territoire et non plus un, et sous conditions de ressources (hors allocations familiales). De même, le texte met en place des conditions draconiennes dans l’acquisition de la nationalité française. Bref, un arsenal législatif complet qui menace de reléguer le terme même d’« asile » dans les limbes.

Alexandre Fache