Sarkozy offensif devant les sénateurs

"le Figaro", 7 juin 2006
 
Défendant mardi son projet de loi devant le Sénat, le ministre de l’Intérieur s’est présenté comme l’homme de la « troisième voie », avant de dénoncer l’immobilisme des gouvernements depuis trente ans. Récit

« Rompre avec des décennies de faux-semblants », et soutenir une « idée fondamentale, celle de l’immigration choisie », tel est le credo de Nicolas Sarkozy mardi devant le Sénat. Les propositions de ses détracteurs ? « Un vide sidéral ». Ségolène Royal ? « Une candidate de droite tout à fait acceptable ». Mais il se félicite « d’un débat d’idée pacifié sur l’immigration ».

« Nous n’avons pas connu de politique de l’immigration depuis 30 ans »

« Aucun sujet n’est plus complexe et plus sensible que l’immigration », enchaîne-t-il. Il reproche aux partis politiques « leur conservatisme » et « leur classicisme » qui aurait conduit les Français à se tourner vers les extrêmes. « L’immigration zéro est un mythe dangereux et impossible à mettre en œuvre », a-t-il souligné avant de pointer du doigt les « extrémistes de l’immigration sans limite ». Entre les deux, Sarkozy se veut l’homme d’une « troisième voie ».

« Déterminer et choisir sa politique d’immigration, c’est choisir le visage de la France pour les 30 années qui viennent », considère le patron de l’UMP qui revendique pour la France le droit de choisir qui rentre sur son territoire.

« Il faut dire la vérité : nous n’avons pas connu de politique de l’immigration depuis 30 ans », affirme-t-il, soulignant qu’ « il n’y a jamais eu un ministre chargé du total du dossier de l’immigration ». Prenant à témoin Jean-Pierre Raffarin, présent dans l’assistance, Nicolas Sarkozy rappelle que dans son gouvernement, trois ministres avaient en charge le dossier migratoire.

Il a ensuite évoqué son action passée sur ce dossier, se remémorant les incendies de l’été dernier à Paris, et évoquant le souvenir de douze enfants allongés sous ses yeux sur des civières : « si c’est cela la générosité française... »

Son discours prend un tour plus offensif quand il revient sur les événements de novembre. « Les 27 nuits d’émeutes sont directement le produit de la panne » de la politique d’immigration française. Ces jeunes « sont français, mais se sentent moins français que leurs grands-parents qui ne le sont pas », estime-t-il. Il ajoute que « la polygamie a pesé d’un poids extrêmement lourd » dans la spirale de délinquance que connaissent certains jeunes « sans structure familiale ».

Pour appuyer son projet, le ministre cite les exemples du Canada, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et des Pays-Bas. « La moitié des prix Nobel américains est issue de l’immigration » affirme Nicolas Sarkozy, qui s’interroge : « Pourquoi ce qui aurait réussi chez les autres ne pourrait pas être évalué chez nous ? Pourquoi devrions-nous n’expérimenter en France que ce qui ne marche pas ? ».

« L’Afrique ne peut pas être exonéré de sa propre responsabilité »

Il détaille ensuite le contenu de son projet. Trois piliers : le co-développement, l’immigration choisie, et l’affirmation d’un lien étroit entre intégration et immigration. Sur ce dernier point, Nicolas Sarkozy qualifie de « ridicule » l’interdiction de disposer de statistiques et de classement sur l’origine des immigrés. « Les pseudos-experts » sont responsables à ses yeux d’avoir voulu « dissocier le problème de l’immigration et celui de l’intégration ». « Je prends un engagement solennel : le prochain rapport au parlement contiendra des objectifs quantitatifs prévisionnels sur l’immigration », affirme-t-il.

« La France doit développer des partenariats » avec les pays d’origine des migrants, assure-t-il. « A la suite de plusieurs contacts avec le président Wade », Il assure qu’il ne s’agit pas d’une « fuite des cerveaux » organisée, et souhaite pouvoir offrir par ce biais aux jeunes Africains des « alternatives à l’immigration ». Auparavant, Nicolas Sarkozy avait fermement déclaré que, pour lui, « l’Afrique ne peut pas être exonéré de sa propre responsabilité » sur son « échec économique ».

Le ministre de l’Intérieur a enfin détaillé la réforme du regroupement familial. Le candidat devra justifier de 18 mois de séjour en France au lieu d’un an précédemment, et de sa capacité à « subvenir aux besoins de sa famille par les ressources de son seul travail, et non par les prestations sociales ».

Il souhaite également installer un véritable « parcours d’intégration, de l’arrivée en France à l’installation durable », via un contrat « qui ne sera pas un papier que l’on signe et que l’on oublie ». Après la signature de ce contrat aura lieu une « vérification de l’intégration effective », et enfin la délivrance d’une carte de séjour de 10 ans.

Ne pas créer une « nouvelle filière »

Quant au cas difficile des enfants sans-papiers scolarisés en France, le ministre de l’Intérieur annonce la régularisation au cas par cas des élèves et de leurs parents sans papiers. « Lorsqu’un enfant étranger est né en France ou qu’il y est arrivé en très bas âge, qu’il est scolarisé en France, qu’il ne parle pas la langue de son pays d’origine, qu’il n’a donc aucun lien avec ce pays, il serait très cruel de l’y reconduire de force », fait-il valoir.

Mais il estime qu’une généralisation du procédé aurait un effet néfaste. « Une nouvelle filière d’immigration clandestine » serait créée si la régularisation des parents d’enfants sans-papiers était automatisée, explique-t-il. Il annonce donc avoir ordonné aux préfets de proposer « systématiquement » une aide au retour volontaire à ces familles dès la fin de l’année scolaire, avec 3 500 euros pour un couple plus 1 000 euros par enfant.

Il a enfin appelé de ses vœux l’abrogation des règles de régularisation automatique après dix ans de séjour clandestin sur le sol français, et a proposé une mesure fiscale pour favoriser l’investissement dans les pays d’origine. « Le moment est venu de mobiliser l’épargne des migrants à des fins d’investissement », a-t-il conclu, en proposant d’exonérer d’impôt sur le revenu l’argent épargné par les migrants en France et destiné à l’investissement dans leur pays d’origine.

Laurent Suply

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lefigaro.fr 6 juin 2006

Nicolas Sarkozy propose un « accord bilatéral » au président sénégalais

Le ministre de l’Intérieur français a écrit à Abdoulaye Wade pour lui détailler ses mesures visant à mettre en place une immigration « concertée » entre les deux pays.

Après leur rencontre, une lettre. Le 24 mai, Nicolas Sarkozy avait reçu Abdoulaye Wade à Paris. Mardi, alors qu’il défend au Sénat son projet de loi sur l’immigration, il lui a adressé un courrier dont l’AFP a eu connaissance. Le ministre de l’Intérieur y « propose de mettre en chantier la préparation d’un accord bilatéral » portant sur les « grands principes et objectifs d’une politique de l’immigration concertée » entre la France et le Sénégal.

Le ministre énumère ensuite plusieurs points, dont « la définition en commun du nombre de migrants accueillis en France dans les trois années à venir ». Et ce par catégories, en distinguant « les niveaux de qualification, les études, le motif familial... »

Viennent ensuite les « modalités » (durée, caractère définitif ou provisoire, organisation du retour, accompagnement « de la réinstallation au Sénégal »), puis les « orientations générales » telles que la « définition du nombre de visas de court séjour et la garantie du respect de (leur) durée ».

Une signature avant 2006

Nicolas Sarkozy avance également une « aide à la maîtrise des frontières et à la lutte contre la fraude documentaire », de même que le principe d’une « concertation bilatérale sur la situation de la population sénégalaise résidant en France (accueil, insertion...).

Au bénéfice du « renforcement de la politique de co-développement », le ministre français évoque un « accord général » concernant « l’épargne des migrants sénégalais à des fins d’investissements productifs au Sénégal ; un rapprochement des secteurs bancaires (des deux pays) en vue du financement de projets destinés à créer des emplois au Sénégal, une aide à la réinstallation ».

Enfin, il prône une « réflexion conjointe sur l’effort français de coopération dans des domaines clés pour le développement économique et social du Sénégal » en citant « santé, éducation, transports ».

Un « Comité de pilotage pourrait se réunir dans les meilleurs délais, à Paris puis à Dakar, afin de négocier cet accord bilatéral, dans la perspective d’une signature, si possible, en juillet 2006 », suggère Nicolas Sarkozy.

avec l’AFP

www.lefigaro.fr/france/20060606.WWW000000349_sarkozy_propose_un_accord_bilateral_au_president_senegalais.html