Compaoré : l’immigration choisie irréaliste si "l’Afrique reste aussi pauvre"

AFP 30 mai 2006
 
Le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a estimé mardi à Belfort, dans l’est de la France, que l’immigration choisie défendue par le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy était vouée à l’échec tant que "l’Afrique restera aussi pauvre"

"La France ne pourra pas empêcher les Africains de venir si l’Afrique reste aussi pauvre", a déclaré M. Compaoré à la presse en réponse à une question sur l’immigration choisie. "Seul le développement pourra décourager les populations du Sud d’aller au Nord", a-t-il ajouté.

Présent à ses côtés, le maire de Belfort et ancien ministre de l’Intérieur de gauche Jean-Pierre Chevènement a, lui, estimé que la loi sur l’immigration choisie ne fera que "compliquer le système sans produire d’effets". "C’est beaucoup de bruit pour rien", a-t-il commenté.

Adopté le 17 mai par l’Assemblée nationale, le projet de loi sur l’immigration du ministre de l’Intérieur entend substituer une immigration "choisie" à une "immigration subie" en durcissant les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France. M. Sarkozy avait dû faire face à des protestations au Mali et au Bénin, où il s’était rendu les 18 et 19 mai.

"Nous avons la responsabilité de faire en sorte que la jeunesse africaine reste en Afrique", a déclaré M. Compaoré.

"Mais le Nord aussi a une responsabilité. Les subventions aux producteurs de coton (accordées par l’Union européenne) empêchent par exemple certains producteurs africains de vivre", a fustigé M. Compaoré qui a comparé cette situation à une "nouvelle forme d’esclavagisme".

Interrogé par ailleurs sur l’instabilité politique en Côte d’Ivoire, le président burkinabè s’est montré confiant. "Les élections générales auront bien lieu dans les prochains mois", a-t-il affirmé avant de rendre hommage à la communauté internationale et au "rôle joué par la France" dans ce conflit.

M. Compaoré doit rencontrer le président français Jacques Chirac vendredi à Paris.