Sarkozy ou le mythe du « Bon Immigré »

Parti socialiste 9 février 2006
 

Au nom de « l’immigration choisie », le ministre de l’Intérieur restreint une nouvelle fois les droits des immigrés.

Le gouvernement a validé jeudi, lors d’un Comité interministériel de contrôle de l’immigration (Cici) présidé par Dominique de Villepin, l’avant-projet de loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy, qui prévoit de privilégier une immigration "choisie".

Dans la mesure où il ne prévoit pas de partenariat avec les pays tiers, le concept d’immigration choisie reste une machine à fabriquer de l’immigration irrégulière.

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« Le gouvernement exaspère l’opinion »

Interview de Malek Boutih

Le gouvernement a validé, le 9 février, l’avant-projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration « choisie » qui durcit les conditions d’accueil des travailleurs non qualifiés et les règles du regroupement familial. Pour Malek Boutih, secrétaire national en charge des questions de société, il est d’abord une entreprise démagogique.

Que vous inspirent les mesures présentées par Nicolas Sarkozy dans le cadre de l’avant-projet de loi sur l’immigration ?

La première remarque tient à la forme. Un gouvernement qui présente un projet de loi sur cette question à quelques mois seulement de la fin de la législature, dans le contexte de tension social et économique actuel, ne peut que se livrer à une entreprise démagogique. Il entend ainsi déplacer le problème des enjeux, à un débat nettement plus insaisissable, autour des étrangers. Ce qui démontre bien que l’immigration apparaît clairement comme un « paratonnerre » politique pour la droite. Elle évite ainsi que la foudre ne lui tombe sur la tête, sans pour autant épargner les étrangers. Il est par ailleurs très frappant que le ministre de l’Intérieur ait essayé d’exprimer un discours moderne sur l’immigration, tout en accouchant d’un projet de loi qui ressemble, à s’y méprendre, à ce que faisait Charles Pasqua, en 1986. Le même principe apparaît, en vertu duquel la restriction des droits des étrangers stoppera le flux migratoire. Cette politique ne fait, en réalité, qu’accélérer la machine à fabriquer des clandestins. Le gouvernement exaspère ainsi l’opinion. C’est une mauvaise nouvelle pour le pays.

Comment expliquez-vous ce durcissement brutal ?

La première raison tient à un problème de calendrier, comme je l’ai déjà dit. La seconde démontre l’incapacité du gouvernement à tenir ses engagements électoraux. Les députés de droite se livrent, depuis plusieurs semaines, à une véritable surenchère xénophobe. Lorsqu’un parlementaire UMP ironise sur les « youyous » dans sa mairie, la réponse se traduit par un article de loi sur les mariages mixtes. Quand un autre évoque la présence trop élevée d’étrangers sur le territoire, s’ensuit un durcissement du regroupement familial. Ces mesures permettent à la majorité de « coller » à un électorat qui tend à lui échapper, pour rallier les extrêmes. Le tout, au seul profit du Front national...

Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy se disputent la paternité de l’avant-projet de loi sur l’immigration. Ne se livrent-ils pas à une surenchère inutile ?

Nicolas Sarkozy tente de ressouder la majorité derrière lui. Il a construit ce projet de loi, en tentant de préserver son image d’homme moderne assumant pleinement ses idées libérales, tout en donnant à la frange la plus extrême de sa majorité les gages nécessaires. Souvenons-nous qu’il évoquait, il y a peu, le droit de vote des immigrés, en étant minoritaire au sein de sa formation politique. Ce projet de loi est une forme de rattrapage qui lui a permis de sauver la face. La réalité, c’est qu’il ne reste rien, aujourd’hui, de ce discours prétendument moderne et libéral. Ses tensions avec le Premier ministre relèvent de querelles internes qui ne nous regardent pas. Dominique de Villepin avait demandé, pour 2006, du sourire et de l’humour. Une chose est certaine : les étrangers grinceront des dents à la lecture d’un projet de loi qui les exclut et les suspecte d’entretenir des filières d’immigration.

Selon le ministre de l’Intérieur, seuls 5 % des immigrés viendraient sur notre territoire pour y travailler. Ces propos ne vous choquent-ils pas ?

Il s’agit là très clairement d’une manipulation statistique. Il y a une confusion entre le statut qu’ont les étrangers qui vivent en France et la réalité du flux migratoire. Depuis 1974, notre pays n’assume plus l’existence d’une immigration directement liée aux besoins d’emploi. D’un point de vue statistique, ces étrangers sont considérés comme de simples touristes ou des demandeurs d’asile. En réalité, 99 % d’entre eux se rendent dans l’Hexagone pour y travailler. Ceci vaut d’ailleurs également pour les personnes qui ne bénéficient d’aucun titre de séjour. J’invite le ministre et les membres de la majorité à venir tôt le matin voir qui nettoie leurs bureaux ou leurs rues...

Comment le Parti socialiste entend-il riposter aux mesures présentées par Nicolas Sarkozy ?

Le PS et la gauche doivent interpeller le gouvernement, à l’Assemblée, en évitant toute caricature. Il leur appartient de pousser la majorité dans ses retranchements, en faisant apparaître ses contractions. Pourquoi n’entend-on pas le Medef dans ce débat ? Et pourquoi donc le patronat n’a-t-il jamais rien eu à dire sur le sujet ? Lui, pourtant, qui sollicite la main-d’œuvre étrangère dans des secteurs tels que la restauration, l’agriculture ou le bâtiment. Nous devons mener une opposition ciblée, en pointant les contradictions de la droite qui s’oppose très clairement aux droits des immigrés. Le parti doit également formuler des propositions claires dans le cadre de la Commission du projet et en perspective des futures échéances électorales, en réparant les dégâts occasionnés par la majorité et en marquant une vraie rupture avec celle-ci. Si nous gagnons en 2007, nous devrons être les premiers à rétablir une filière organisée, légale et maîtrisée de l’immigration.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php ?page=060209_immigrationboutih

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Interview de Faouzi Lamdaoui : « Cette loi est une réelle remise en cause de l’égalité des droits »

A l’occasion de la présentation de l’avant-projet de loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy validé par le comité interministériel du 9 février, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint du PS à l’égalité des chances et au partenariat équitable, revient sur le concept d’ « immigration choisie » du ministre de l’Intérieur et évoque les propositions socialistes sur le sujet.

Quel est votre appréciation du concept d’immigration choisie de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy parlait, il y a quelque temps, de la discrimination positive et, maintenant, il imagine l’immigration choisie. Le concept d’immigration choisie est piégeur. Il stigmatise, encore une fois, les mêmes. Parce que le « privilège » donné dans le cadre de l’immigration sélective, la « carte talent », est créée au bénéfice des travailleurs qualifiés. On va donc retrouver, d’un côté, les bons immigrants bénéficiant de leurs droits et, de l’autre, les mauvais, privés des leurs. Cette loi est une réelle remise en cause de l’égalité des droits.

Reconnaissez-vous au ministre de l’intérieur une volonté d’agir ?

Non ! Au lieu de construire un débat pour faire avancer les choses, il tient des formules de communiquant, raccourcis qui caricaturent les vraies questions du mieux vivre ensemble. Il faut reconnaître un talent particulier à Sarkozy, c’est celui de transformer en plomb toutes les questions de société sur lesquelles il essaye d’imprimer sa marque de fabrique. C’est caricaturer pour provoquer, récupérer pour se positionner. Le résultat est clair : on n’a rien vu depuis quatre ans ni sur l’égalité des chances ni sur la discrimination positive d’ailleurs, excepté la nomination d’un préfet musulman. On ne peut pas dire que ça a fait avancer les choses. Et, aujourd’hui, il sort une loi discriminatoire en vue des élections présidentielles de 2007. Sarkozy doit être confronté à son bilan et pas simplement au battage médiatique dont il s’est fait une spécialité.

Quelle pourrait être la base d’une bonne politique de l’immigration ?

Il s’agit, d’abord, de mettre en place des partenariats équitables entre pays d’origine et pays d’accueil. Le but recherché est un véritable échange, en fonction des besoins identifiés de ces Etats, en matière de formation notamment, de ceux de la France. En opposition à la discrimination positive, nous proposons le bilan d’égalité des chances et en opposition à l’immigration choisie, le partenariat équitable. Par ailleurs, nous devons favoriser le co-développement, faciliter l’immigration temporaire en offrant, par exemple, des garanties de renouvellement pour les travailleurs saisonniers ; faciliter les allers-retours, c’est-à-dire les visas permanents pour les diplômes des universités européennes entre l’espace Shengen et les pays d’origine. L’encouragement de l’immigration qualifiée doit être un élément en plus, et non pas un élément de substitution, de l’immigration de travail. Enfin, Il faut que l’on assume l’immigration familiale et le cas, notamment, de mineurs étrangers. Le droit d’asile est aussi à restaurer dans sa fonction propre avec des moyens conséquents ; et nous devons organiser les parcours d’intégration des primo arrivants, à travers une prise en charge individuelle, sans que les étapes du parcours deviennent des conditions restrictives à l’intégration. Nous devons évidemment répondre à la question : « quelle immigration voulons-nous pour demain ? ». Mais, la France doit rester fidèle à ses idéaux d’équité et de solidarité pour organiser et maîtriser les flux migratoires.

Propos recueillis par Fanny Costes

www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php ?page=060209_immigrationlamdaoui

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NDLR : Dans son dossier, le PS insère un lien vers la pétition du collectif Uni-e-s contre l’immigration jetable