Le premier ministre s’approprie l’immigration "choisie"

"le Monde", 11 février 2006
 

Dominique De Villepin a tenu, jeudi 9 février, à affirmer son ascendant sur son rival en matière de politique de l’immigration - un sujet que l’un et l’autre jugent porteur électoralement. Cinq jours avant qu’il ne préside un Comité interministériel de contrôle de l’immigration (CICI), Nicolas Sarkozy lui avait grillé la politesse en dévoilant dans le Journal du dimanche, le 5 février, les grandes lignes du nouveau projet de loi sur l’immigration. A l’issue du CICI, le premier ministre s’est donc attaché à tenir une conférence de presse pour montrer qu’il n’était pas question pour lui de laisser au seul ministre de l’intérieur la paternité de ce projet.

Dominique de Villepin a défendu une "politique moderne de l’immigration", qui sera désormais "choisie" et non plus "subie" - termes chers à M. Sarkozy qu’il a désormais pleinement fait siens. Entouré, outre du ministre de l’intérieur, de Jean-Louis Borloo (emploi), Pascal Clément (Justice), et François Baroin (outre-mer), le premier ministre a insisté sur "l’esprit de collégialité" qui a présidé à l’élaboration de l’avant projet de loi. Et souligné "l’implication personnelle de tous les ministres", en cantonnant celui de l’intérieur dans un rôle de "coordination efficace".

"Ce projet de loi est la traduction législative du discours du président de l’UMP lors de la convention UMP sur l’immigration en juin. C’est le discours fondateur", recadre-t-on dans l’entourage de M. Sarkozy, tout en insistant sur le fait qu’"il y a eu accord sur tout, absolument tout le texte".

Le ministre de l’intérieur n’a cependant pas eu gain de cause sur tout. Il souhaitait faire figurer dans la loi l’obligation pour le gouvernement d’indiquer chaque année au Parlement "les objectifs quantitatifs prévisionnels" de visas et de titres de séjour pour les trois ans à venir. Si le principe d’objectifs quantitatifs a été acté en CICI, il ne sera pas inscrit dans la loi. À l’issue du CICI, le premier ministre a tenu à préciser qu’il ne s’agirait que d’"une estimation du nombre de titres de séjour et de visas" que la France entend délivrer. " Ces chiffres auront une valeur indicative, a-t-il insisté, il ne s’agit pas de quotas". Terme qu’on n’hésite pourtant pas à employer dans l’entourage de M. Sarkozy.

Laetitia Van Eeckhoutl