Forte mobilisation contre le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration

"le Monde", 16 mai 2006
 

Quelques jours du vote solennel par les députés du projet de loi Immigration et intégration, mercredi 17 mai, plusieurs milliers de personnes (10 000 selon la police, 35 000 selon les organisateurs) ont battu le pavé, samedi 13 mai, de la place de la République à la place Saint-Augustin, à Paris, pour demander le retrait de ce texte. Des manifestations ont également eu lieu à Marseille (un millier de personnes selon la police et les organisateurs) et à Toulouse (300 à 400 personnes), organisées, comme dans la capitale, à l’appel du collectif Uni(e)s contre l’immigration jetable.

En tête du cortège parisien, plusieurs personnalités politiques de gauche étaient au rendez-vous : la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, les sénatrices (Verts) Dominique Voynet et Alima Boumediène-Thiery, ou encore le sénateur de l’Essonne Jean-Luc Mélenchon, seule personnalité PS d’envergure nationale présente. Derrière suivaient des sans-papiers de toutes origines, mais aussi des immigrés installés de longue date en France, comme Sakhri Nacera, algérienne venue de Lyon dénoncer une loi qui "stigmatise tous les étrangers".

"GRANDE HYPOCRISIE"

Des enseignants et des parents d’élèves mobilisés contre la menace d’expulsion pesant sur un de leurs élèves ou le camarade de classe d’un de leurs enfants avaient également pris part au défilé. "Cette politique est d’une grande hypocrisie. On ne régularisera plus après dix années de présence. Mais les personnes ne vivent pas de rien pendant autant d’années, elles font vivre nombre d’entreprises !", fustigeait une mère de famille. "Comment un enfant peut-il être retiré du pays où il a grandi, de son école, de ses copains, pour être envoyé dans un pays qu’il ne connaît même pas", s’indignait aussi Claire Abdallah, déléguée FCPE.

Défilant sous la banderole du syndicat étudiant UNEF, proclamant "Français, étrangers, mêmes droits pour tous", Sylvestre Rome n’admettait pas non plus que les étudiants étrangers puissent "se voir retirer leur titre de séjour s’ils ratent leurs examens". "Pourquoi, interpellait-il, n’auraient-ils pas leur chance comme tout le monde ?" Jeune salarié venu comme "simple citoyen", Grégoire Rey déplorait que "la France renie sa longue tradition en matière de droits humains" et cède à "une logique de marchandisation de l’immigration".

Les propos tenus en Autriche, à Vienne, vendredi 12 mai, par Jacques Chirac, assurant que la nouvelle législation serait appliquée "avec toute l’humanité nécessaire", n’ont eu, dans la manifestation, aucun écho.

Laetitia Van Eeckhout