Selon un rapport gouvernemental, l’immigration s’est stabilisée depuis 2004

"le Monde", 10 février 2006
 

LE COMITÉ interministériel de contrôle de l’immigration devait examiner, jeudi 9 février, l’avant-projet de loi présenté par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, (Le Monde du 8 février), mais aussi adopter le rapport sur "Les orientations de la politique de l’immigration" que le gouvernement doit remettre dans les prochains jours aux parlementaires.

Fournissant une évaluation d’ensemble de l’immigration en France, ce rapport révèle que 2004 a été "une année de grande stabilité" des flux migratoires réguliers. Les données provisoires pour 2005 s’inscrivent dans la même tendance. La stabilité s’observe pour le nombre de visas accordés, pour le nombre de titres de séjour délivrés (164 234), et même pour les demandes d’asile. Quelque 45 000 étrangers sont déboutés chaque année du droit d’asile, rappelle le gouvernement, qui met l’accent, dans son rapport, sur les progrès réalisés dans la lutte contre l’immigration irrégulière, tout en les jugeant "insuffisants".

Si le nombre d’arrivées se stabilise en 2004 et 2005, l’immigration pour motifs familiaux reste dominante. "Toutes les composantes de l’immigration familiale progressent depuis 2000", insiste le rapport. La progression la plus forte affecte le nombre des conjoints de Français (49 888 en 2004 contre 29 946 en 2000) et les étrangers admis au séjour en raison de leurs liens personnels et familiaux en France (13 989 en 2004 contre 5 093 en 2000). Deux domaines sur lesquels Nicolas Sarkozy entend agir avec son projet de loi. Ne représentant qu’un quart de l’immigration familiale, le regroupement familial, dont le gouvernement veut aussi durcir les conditions, se stabilise pour sa part (20 365 en 2005).

La France n’est cependant pas, aujourd’hui, un pays d’immigration massive, comme le met en évidence une synthèse réalisée en 2005 par l’Institut national d’études démographiques (INED), à partir des données d’Eurostat et de l’Observatoire démographique européen. Il suffit de superposer les deux composantes de la croissance démographique (l’excédent naturel des naissances sur les décès et le solde migratoire) pour se rendre compte que l’immigration n’apporte, en France, qu’une contribution minoritaire à la croissance démographique (entre 25 % et 40 %).

Les flux migratoires actuels sont très loin d’atteindre les niveaux des années 1950-1974. Aussi, avec un accroissement naturel dynamique (807 000 naissances pour 537 000 décès, selon l’Insee), la France fait-elle figure d’exception dans l’Europe vieillissante. "Elle est même le seul grand pays d’Europe où la contribution de l’immigration à la croissance démographique reste minoritaire depuis dix ans", insiste François Heran, directeur de l’INED. Chez la plupart de ses voisins européens (Allemagne, Italie, Portugal, Grèce, Royaume-Uni, Suisse), la croissance est due à l’immigration à plus de 50 %, voire 100 %.

Laetitia Van Eeckhout