L’église donne sa bénédiction aux sans-papiers

"Libération", 11 mai 2006
 
Depuis dimanche, des clandestins occupent une partie de l’église Saint-Merri à Paris avec l’accord du curé

L’Eglise contre la loi Sarkozy. Un nouvel épisode du front uni chrétiens et sans-papiers est en train de se jouer. Depuis dimanche, une centaine de clandestins sont « accueillis » en l’église Saint-Merri, dans le IIIe arrondissement de Paris. Ils la quitteront ce midi en vertu de l’accord passé avec le curé. Car cette occupation se passe en bonne intelligence entre les sans-papiers et la communauté paroissiale.

« Visibilité médiatique ». Organisateur de la manifestation, le 9e collectif des sans-papiers a décidé la semaine dernière d’investir une église. Alors que le projet de loi Sarkozy sur l’immigration et l’intégration est en cours de discussion à l’Assemblée nationale, « ces gens cherchaient une visibilité médiatique », explique Jacques Mérienne, curé de la paroisse. Ce sera Saint-Merri : « Ce sont des amis », explique Bahija Benkouka, âme du collectif. L’église parisienne a connu cinq occupations de sans-papiers. Et elle appartient au réseau chrétiens-immigrés, qui s’est constitué après les occupations de Saint-Ambroise et Saint-Bernard en 1996, pour soutenir les étrangers.

Dimanche, un groupe de 200 personnes investit donc les lieux. « D’emblée, ils m’ont dit : "on vient chercher votre soutien" », rapporte Jacques Mérienne. Le curé, mis devant le fait accompli, prend les choses en main. Il demande aux sans-papiers de sortir de l’église, puis négocie avec eux les termes de l’« accueil ». Un accord est trouvé : les clandestins occuperont une salle paroissiale pour une durée limitée, jusqu’à aujourd’hui. Sur le fond, Jacques Mérienne est « d’accord avec eux ». Le projet de loi Sarkozy, qui vise à privilégier une immigration « choisie » et non plus « subie », et durcit les règles d’entrée et de séjour des étrangers non désirables en France, est dangereux. « Ce projet de loi est inacceptable pour nous, comme chrétiens et citoyens », confirment Jacques et Elina, membres de la communauté paroissiale de Saint-Merri. Pour autant, les fidèles ne soutiennent pas tous cette occupation : « Il y a un grand débat à l’intérieur de l’église, mais les gens nous font confiance », affirme le curé. L’opposition des évêques et des grandes associations religieuses (Secours catholique, Cimade ­ service oecuménique d’entraide ­ et Pastorale des migrants) à ce projet de loi a fait réfléchir certains croyants. « Le fait que l’épiscopat se soit engagé contre ce texte, qu’il ait pris une position officielle, nous a soulagés », reconnaît Jacques Mérienne.

« Gifle ». Entre les chrétiens et Nicolas Sarkozy, le torchon brûle donc. Rancunier, le ministre de l’Intérieur a réservé une pique aux catholiques, lors de la présentation à l’Assemblée nationale de son projet de loi, s’étonnant que des gens, qui « me demandent d’expulser » les sans-papiers « qui occupent leurs églises, refusent à la République française de faire ce qu’eux-mêmes demandent ». Le curé de Saint-Merri, rigolard, y voit la réaction « affective » d’un homme « vexé » : « Nicolas Sarkozy dit qu’il est chrétien. Mais les évêques l’ont mouché sur sa façon d’être chrétien. Comme il a reçu une gifle, il a essayé de répondre, mais il s’est piégé lui-même. L’Eglise a le devoir sacré d’accueillir la détresse. »

Catherine Coroller

*************************

Le durcissement des conditions du regroupement familial voté

par Catherine Coroller

Désormais, les étrangers devront attendre dix-huit mois, au lieu d’un an, pour faire venir leur famille. Ils devront aussi répondre à des conditions de ressources, de logement et de conformité aux principes de la République. Hier, le député PCF de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec a bataillé pied à pied contre les articles du projet de loi durcissant le regroupement familial. « Le nombre de personnes concernées par le regroupement familial est de 25 000.

Il ne s’agit pas d’un enjeu capital », a-t-il estimé. Julien Dray (PS, Essonne) a ajouté qu’il n’y avait pas d’« explosion » des demandes, qui sont stables depuis plusieurs années. Pour Christian Estrosi, ministre à l’Aménagement du territoire, c’est précisément le problème : « Alors que le nombre de salariés venant chaque année dans notre pays n’a cessé de diminuer, la stabilité des chiffres du regroupement familial n’est pas satisfaisante. » Le gouvernement, conforté par le résultat d’un sondage du Figaro d’hier, selon lequel 73 % des Français approuvent son projet, a toutefois consenti une concession. Alors que le texte prévoyait qu’en cas de rupture de la vie commune durant les trois ans suivant le regroupement, le conjoint arrivé dans ce cadre pourrait se voir retirer son titre de séjour, l’Assemblée a accepté de dispenser de cette règle les couples ayant un enfant né de cette union ou le conjoint rompant la communauté de vie en raison de violences conjugales.

www.liberation.fr/page.php ?Article=381148#