Nicolas Sarkozy plus vrai que vrai à l’Assemblée

"l’Humanité", 4 mai 2006
 
Fidèle aux fondements de sa politique, le ministre de l’Intérieur a présenté son projet, mardi, devant les députés

Le ministre de l’Intérieur, en ouverture du débat sur son projet de loi, mardi après-midi, n’a guère apporté d’idées nouvelles, ni aux fondements de sa politique, ni à son expression législative. Que « l’immigration ne doit pas être une question taboue », que « la France doit pouvoir choisir le nombre des migrants, selon quels objectifs, dans quelles conditions », que « l’étranger doit manifester sa volonté de s’intégrer », ou qu’il faille « transformer, profondément, la politique d’immigration », Nicolas Sarkozy nous l’avait déjà seriné depuis plusieurs années. Que le « parler vrai » du ministre le conduise à dire que ce qu’il décide ne fait que refléter ce que pensent, sans le dire, les Français, n’est jamais qu’une pratique démagogue et populiste courante.

Ainsi, pour beaucoup de Français, « l’immigration est une source d’inquiétude. Ils y voient une menace pour leur sécurité, leur emploi, leur mode de vie. » Surtout que le ministre le leur répète souvent et qu’il n’est pas le seul. Et ces Français aussi respectables que les autres, le ministre les a donc entendus. Mais il n’avait pas besoin, pour autant, d’être odieux. De faire pleurer sur les enfants victimes des incendies des squats au mois d’août dernier, « allongés sur des civières, asphyxiés, tués par la misère », surtout quand on se souvient de sa réaction en plein drame, « la difficulté, avait-il dit, c’est que tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains, s’amassent à Paris... », et que l’on sait qu’un des survivants a été expulsé du territoire.

Les larmes de crocodile, le ministre en a eu aussi, sur ces Africains qui s’accrochent aux barbelés de Ceuta et Melilla... Il aurait pu ajouter les noyés de Mauritanie ou de Sicile, les morts dans le désert, puisqu’il est un chaud partisan des coopérations européennes en matière de « contrôle de l’immigration » et qu’il cultive les relations libyennes, marocaines et autres pour obtenir des camps « externalisés ». Il aurait même pu se souvenir que s’il a rayé le camp de Sangatte de la carte, il n’a pas éradiqué le problème des candidats au départ, mais aggravé leurs conditions de survie.

Dans le même genre, « la vérité, c’est que les vingt-sept nuits d’émeutes (d’octobre-novembre) sont directement le produit de la panne de notre système d’intégration ». Rien à voir, bien sûr, avec ce qui pourrait bien s’avérer avoir été une bavure policière attisant un feu sur lequel le ministre avait lui-même soufflé à coups de « parler vrai ».

En présentant son texte, il a regretté que la loi ne puisse demander un rapport annuel remis au Parlement avec « les objectifs chiffrés sur le nombre de migrants que la France souhaite accueillir ». Qu’à cela ne tienne, il s’engage à ce qu’il y en ait un. Et comme il veut « marquer » son « ouverture », et qu’il a « entendu certaines critiques », il va créer un Conseil national de l’immigration et de l’intégration et une commission de fonctionnaires et de responsables associatifs pour « veiller à l’harmonisation des pratiques préfectorales en matière de régularisation ». Parce qu’il serait possible de réparer les dégâts ?

É. R.