Sarkozy détaille son immigration choisie

RTL 6 février 2006
 

La présentation aura lieu jeudi à Matignon. Mais déjà le ministre de l’Intérieur a dévoilé les grandes lignes de son avant projet de loi sur l’immigration, dimanche. En clair, Sarkozy souhaite une immigration choisie et non subie. Aussi, des objectifs quantitatifs seront indiqués chaque année par le gouvernement au parlement. L’association France Terre d’Asile dénonce "une volonté de radicalisation qui n’aide pas la réflexion". Dominique Strauss-Kahn se dit "choqué" par de telles propositions.

ATTIRER LES « COMPETENCES RARES »

L’idée est de fixer chaque annnée des objectifs précis. Enoncer précisément combien de personnes seront autorisées à s’installer sur le territoire français, catégorie par catégorie ; combien de titres de séjour seront accordés, combien de visas, pour les étudiants comme pour les travailleurs en fonction des besoins. Nicolas Sarkozy présentera jeudi (9 février) à Matignon son avant projet de loi sur l’immigration. Mais déjà, dimanche (5 février), le ministre de l’Intérieur en a dévoilé les grandes lignes, dans le Journal du dimanche.

Le président de l’UMP souhaite donc une immigration "choisie" ou "sélective" et non subie, une politique que pratique notamment la Grande Bretagne et depuis un an l’Allemagne. Nicolas Sarkozy veut notamment attirer ce qu’il appelle les compétences rares, les personnes hautement qualifiés, informaticiens, experts en biotechnologie, scientifiques. Il propose de leur accorder une carte de séjour de trois ans. Pour les visas accordés aux étudiants, celui qui ne cache pas ses ambitions présidentielles, propose un système d’immigration à points. La priorité sera donnée à ceux qui choisissent une voie universitaire où manquent les étudiants.

Quant aux immigrés qui vivent déjà en France, les régles vont être durcies pour le regroupement familial.On ne tiendra plus compte des prestations sociales dans le calcul des ressources du demandeur. Enfin, Nicolas Sarkozy veut supprimer ce qu’il appelle la prime à la clandestinité. Actuellement, il est possible d’obtenir un titre de séjour en prouvant que l’on réside depuis dix ans sur le territoire français. Ce ne sera plus automatique mais au cas par cas. Les préfets pourront le faire mais au cas par cas. Plusieurs centaines de milliers de clandestins sont concernés.

« UNE VOLONTE DE RADICALISATION QUI N’AIDE PAS A LA REFLEXION

Les propositions de M. Sarkozy dénotent "une volonté de radicalisation qui n’aide pas la réflexion". Dès dimanche, Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’Asile s’est élevé contre l’avant projet de loi du ministre d’Etat. Selon lui, "il sera encore plus difficile pour un ouvrier étranger de faire venir sa famille", la nouvelle procédure "imposant d’engager la procédure de regroupement familial après 18 mois de présence au lieu d’un an auparavant". Il s’est ému également que le calcul des ressources du demandeur ne prennent plus en compte les prestations sociales.

M. Henry a également dénoncé la volonté de Nicolas Sarkozy de supprimer la régularisation automatique de tout clandestin pouvant prouver sa présence depuis 10 ans en France. "Ce projet de loi structure de manière durable la précarité et va favoriser la clandestinité", a-t-il commenté.

Autre voix à s’élever dès dimanche contre le projet de Nicolas Sarkozy : celle du député PS du Val d’Oise Dominique Strauss-Kahn. Invité du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, l’ancien ministre de l’Economie s’est dit "choqué" par la proposition de supprimer la régularisation automatique des immigrés clandestins vivant en France depuis plus de dix ans. "Le fait de croire que l’on résout un problème en chassant des hommes, qui se sont peut-être mariés, ont eu éventuellement des enfants, qui sont là depuis dix ans et qu’on va renvoyer chez eux, me semble extrêmement inhumain au regard du problème qui est traité", a-t-il poursuivi.

G.F. avec Myriam Alma