Sarkozy dévoile un concept plutôt sélectif

"Midi libre", 6 février 2006
 

Nicolas Sarkozy défendait hier dans un entretien au Journal du dimanche (JDD) son « concept d’immigration choisie » face à une intégration « à la française » qui a, selon lui, échoué.

Dans cet entretien, le ministre de l’Intérieur présente les grandes lignes de son avant-projet de loi relatif à l’immigration et à l’intégration qu’il présentera jeudi, en comité interministériel.

« Nous ne voulons plus d’une immigration subie, nous voulons une immigration choisie, voilà le principe fondateur de la nouvelle politique de l’immigration que je préconise », dit-il.

Selon lui, ce principe « se herte à deux intégrismes ». Et le ministre détaille : « Celui de l’immigration zéro défendue par Le Pen (président du FN). Le second étant celui de ceux qui estiment que tout contrôle de l’immigration porte en lui les germes d’une forme de racisme ».

Défendant son concept d’immigration choisie, Nicolas Sarkozy souligne qu’il ne s’agit pas de prendre aux pays en voie de développement les meilleurs diplômés pour leur laisser la main d’œuvre sous-qualifiée. Il propose donc la création d’une « carte spéciale » qui serait délivrée aux meilleurs étudiants étrangers, en contrepartie de « l’obligation de retourner chez eux afin qu’ils rendent à leur pays une partie du bénéfice de leur formation ».

Le ministre préconise un système « d’immigration à points » qui donnerait la priorité à un étudiant ayant fait le choix d’« une voie universitaire pour laquelle on manque d’étudiants ». Une carte de séjour d’une durée de trois ans serait proposée aux migrants hautement qualifiés comme les scientifiques, informaticiens ou artistes.

Le ministre prône aussi « des objectifs quantitatifs prévisionnels » de visas et de titres de séjour qui tiendraient compte des capacités d’accueil en matière d’emploi, de logement et d’éducation.

Nicolas Sarkozy souligne qu’il n’est pas question de revenir sur le regroupement familial, mais entend néanmoins « l’encadrer ».

S’agissant des clandestins, le ministre entend renforcer le dispositif qui prévoit leur régularisation au bout de dix ans. Il plaide pour un contrat d’accueil et d’intégration « obligatoire », assorti d’engagements pour tout étranger désireux de s’installer « durablement » en France. Le ministre insiste notamment sur l’apprentissage du français et l’égalité entre hommes et femmes.

L’association France Terre d’Asile a immédiatement dénoncé « la radicalisation » qu’incarne le projet de Sarkozy.

Laurent Fabius quant à lui, dénonce « une provocation » qui ne résoud aucun problème. « Les quotas dans le monde n’ont jamais fonctionné », a estimé l’ancien Premier ministre socialiste.