460 associations s’opposent à l’immigration "choisie"

nouvelobs.com 25 avril 2006
 
Le Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable a refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy et lui demande de retirer son projet de loi

Le collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable" refuse de rencontrer le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy et lui demande de retirer son projet de loi sur l’immigration.

Nicolas Sarkozy doit défendre à partir du 2 mai à l’Assemblée nationale ce projet de loi qui durcit les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France. "Monsieur le ministre de l’Intérieur nous invite à ’dialoguer’ avec lui sur un projet dont la rédaction est déjà bouclée", dénonce le collectif dans un communiqué publié mardi 25 avril. "Le dialogue est donc d’ores et déjà clos".

"Nous avons fait connaître nos positions sur ce projet de loi", ajoute "Uni(e)s contre une immigration jetable", qui regroupe près de 500 organisations opposées au projet de loi. "Nous sommes toujours prêts à en débattre mais pas dans de telles conditions. Ces questions requièrent un débat public, que seul le retrait permettra".

Le collectif "décline l’audience" demandée par Nicolas Sarkozy. "Nous l’invitons à lire avec attention l’analyse détaillée que notre collectif a produite sur son projet de loi".

Mise en cause du droit de la famille

Plusieurs dispositions du projet conduisent, à "une grave mise en cause du droit à la vie familiale" et à "une précarisation grandissante" de la situation des immigrés en France, a par ailleurs déclaré mardi la vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, Catherine Teule lors d’une conférence de presse. "Ne seront ’choisis’, a-t-elle ajouté à propos de la création d’un nouveau titre de séjour de trois ans intitulé ’compétences et talents’, que quelques talentueux et compétents (...) c’est cela que nous, appelons une immigration jetable".

"Nous ne souhaitons pas vous dire que nous allons quitter la France, a-t-elle ajouté à l’attention de Nicolas Sarkozy, mais seulement souligner que nous ne voulons pas y rester entre nous".

460 associations

Fondé en décembre dernier pour lutter contre le projet de loi du ministre de l’Intérieur, le collectif qui fédère aujourd’hui quelque 460 associations, a dénoncé "l’utilitarisme" du projet conçu par Nicolas Sarkozy pour privilégier une immigration "choisie" au détriment d’une immigration "subie".

Plusieurs membres du Collectif ont estimé que, "loin de lutter contre l’immigration irrégulière, le projet va institutionnaliser la clandestinité des immigrés en France".

De son côté, le MRAP, par la voix de son secrétaire général, Mouloud Aounit, a appelé à "un sursaut des consciences" et dénoncé "la machine xénophobe qui est en train de se mettre en route pour la campagne électorale".

Le Conseil d’Eglises chrétiennes s’inquiète

Dans une lettre adressée mardi au Premier ministre, le Conseil d’Eglises chrétiennes en France fait part de ses "réelles inquiétudes" devant le projet de loi sur l’immigration. Si le gouvernement a "l’entière légitimité" de proposer un projet sur l’immigration, ses mesures ont "de sérieuses conséquences sur le sort qui sera réservé à tant d’hommes et de femmes à la situation fragile".

"La création de la carte ’compétences et talents’ risque d’entraîner une inégalité forte suivant les catégories de personnes : que penser de cet encouragement à la venue de migrants diplômés ou de haut niveau alors que la situation des autres est rendue plus difficile ?".

Le Conseil rappelle, en outre, que le ministre de l’Intérieur a promis d’étudier des amendements sur le maintien de la carte de séjour en cas de rupture du contrat de travail, les délais de recours juridictionnels et la protection des femmes victimes de violences conjugales.

Mais les Eglises soulignent leurs inquiétudes sur plusieurs autres points, touchant aux sans-papiers, au regroupement familial et aux demandeurs d’asile.