Sarkozy en première ligne avec son projet sur l’immigration

"le Figaro", 25 avril 2006
 
Critiqué par la gauche comme par l’extrême droite, le ministre de l’Intérieur se réjouit d’être à l’origine d’un nouveau débat

« L’année utile » repose-t-elle désormais sur les épaules de Nicolas Sarkozy ? Le ministre de l’Intérieur y est, en tout cas, contraint par le calendrier parlementaire. A ceux qui se demandaient si le gouvernement n’allait pas se contenter de gérer les affaires courantes après l’échec du CPE, Nicolas Sarkozy citait déjà en exemple, le 11 avril dernier, dans les colonnes du Figaro, ses deux projets de loi : sur « l’immigration et l’intégration » et sur « la prévention de la délinquance ». Le premier sera examiné à l’Assemblée nationale à partir du 2 mai, au retour des vacances parlementaires. Le second est annoncé pour la fin du mois de mai.

Avec son texte sur l’immigration, qui entend notamment diminuer « l’immigration subie », en s’attaquant aux « dérives » du regroupement familial, le numéro deux du gouvernement se trouve face à la responsabilité de faire oublier l’échec de la précédente loi, mais aussi de mener à bien la sienne. Pour imposer sa nouvelle politique de l’immigration « choisie », Nicolas Sarkozy a profité de son rendez-vous devant les nouveaux adhérents de l’UMP, ce week-end, pour lancer la polémique lui-même : « S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas. »

Des réactions de tous bords

Une déclaration soigneusement calibrée pour ressembler à celles du Front national ou du Mouvement pour la France, et qui n’a pas manqué de susciter des réactions de tous bords. « Ces gens-là parlent comme Le Pen, et agissent comme Chirac », a ironisé Jean-Marie Le Pen. Il n’a pas échappé au chef de l’extrême droite que, dans une partie de l’électorat de la droite, l’appel au compromis lancé par Nicolas Sarkozy aux syndicats pour sortir de la crise du CPE est apparu comme un signe de « chiraquisation » du ministre de l’Intérieur, prêt, par intérêt électoral, à « capituler » devant la rue. « Ce n’est pas parce que Villiers ou Le Pen disent qu’il fait beau que nous allons nous empêcher de le dire ! », s’exclame un proche du président de l’UMP. D’autant plus que, selon le conseiller en communication Thierry Saussez, consultant occasionnel du ministre de l’Intérieur, la déclaration de Nicolas Sarkozy bénéficie d’un soutien très majoritaire : « 90% des Français pensent que vous pouvez vous casser si vous n’aimez pas la France ! ».

L’opposition n’a pas manqué non plus de s’en prendre à Nicolas Sarkozy. Dans une tribune publiée hier dans Le Monde, Laurent Fabius met en cause le gouvernement : « Ce qu’il a voulu faire avec les jeunes, il cherche désormais à l’imposer aux étrangers. » Dimanche soir, Jack Lang, sur TF 1, a visé sans détours Nicolas Sarkozy : « Pourquoi cette dérive xéno phobe ? (...) Quand on prétend accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat, on ne peut pas ainsi draguer sur les terres du Front national ».

Nicolas Sarkozy, qui sera sur TF 1 jeudi soir pour expliquer sa nouvelle politique de l’immigration, entend bien expliquer que, « si nous sommes à la fois attaqués par Le Pen et par la gauche, ça veut dire que nous sommes à peu près au bon endroit », selon la formule d’un de ses conseillers.

Charles Jaigu