Les migrants ne sont pas des bêtes !

"le Courrier de la Pastorale des migrants", n° 73, avril 2006
 

Réagissant au durcissement promis par le projet de loi sur l’immigration annoncé officiellement le 9 février, l’archevêque de Paris, allait jusqu’à affirmer « que l’on ne peut tout de même pas mettre les gens en cage » !

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas « choisir » les meilleurs et considérer comme « subies » (de force ?) les migrations de travailleurs et de réfugiés rentrés en France selon les normes de Conventions internationales signées par tous les gouvernements de ce pays ?

A l’occasion de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié, Mgr Vingt Trois, disait, dans "Le Parisien", que « L’essentiel, c’est de respecter le droit des migrants, de ne pas les traiter comme des bêtes ». Il traduisait, en termes choisis, la réalité que nombreux de nos concitoyens refusent de voir.

Réagissant au durcissement promis par le projet de loi sur l’immigration annoncé officiellement le 9 février, l’archevêque de Paris, allait jusqu’à affirmer « que l’on ne peut tout de même pas mettre les gens en cage » !

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas « choisir » les meilleurs et considérer comme « subies » (de force ?) les migrations de travailleurs et de réfugiés rentrés en France selon les normes de Conventions internationales signées par tous les gouvernements de ce pays ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas cette manière insidieuse d’enfermer l’opinion publique dans la peur et la suspicion de l’étranger ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas garder des milliers de sans papiers dans le désespoir durable d’une non-régularisation, vrai réservoir pour employeurs sans scrupules, nécessaire aux multiples emplois précaires et à la souplesse d’une économie parallèle dont se nourrit aussi la France qui gagne et exporte ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas priver des hommes et des femmes d’une vie de famille les réduisant, pendant des mois ou des années, à la condition de bras ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas laisser planer une sorte de dénigrement sur la mémoire, la vie, l’histoire de millions de personnes - immigrés, étrangers, descendants d’immigrés... - qui pendant des décennies ont fait la France, son économie, sa culture, son rayonnement dans le monde, sa démographie - osant laisser croire que la France les a « subis » et allant jusqu’à regretter « que les migrants les mieux formés, les plus dynamiques, les plus compétents, partent vers le continent américain alors que l’immigration pas ou peu qualifiée se dirige vers l’Europe. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation... » (M. Sarkozy, Le Figaro 9.02.06) ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas prendre des mesures pour aller puiser au coeur de la misère du monde - que l’on se refuse toujours à accueillir - ce qu’elle a de meilleur et de plus talentueux ?

Mettre les gens en cage, n’est-ce pas cette perspective (un peu obscure encore...) « d’un retour au pays à l’issu d’une période de quelques années », avec la volonté avouée que cette immigration contribue « à former un réseau d’élites francophiles dans le monde » et que, facilitant « les transferts de technologie », elle devienne « un fer de lance de la modernisation et du développement des pays les plus démunis » (ibidem) ?

Préparant la rédaction du Rapport d’activité 2005 de la Pastorale des Migrants, il nous a semblé nécessaire, dans le contexte grave qui est le nôtre aujourd’hui, de favoriser et nourrir une parole en Eglise qui soit entendue de tous les hommes et femmes de bonne volonté. Par l’expérience accumulée, il n’est pas difficile de conclure que les débats autour de la laïcité et de la célébration du centenaire de la loi de 1905, n’ont pas toujours voulu favoriser cet engagement de la parole de l’Eglise, comme si la protection de la sacralité de la personne humaine pouvait être relativisée faisant fi de l’identité de la foi des chrétiens et de la mission de l’Eglise.

Dans son message pour le chemin de Carême que nous sommes invités à emprunter dès cette semaine, le pape Benoît XVI, rappelant que « Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles » (Mt. 9, 36), affirme, avec Jean-Paul II, qu’il y a « une limite divine imposée au mal » (Mémoire et identité, 4) et que « face aux terribles défis de la pauvreté d’une si grande part de l’humanité, l’indifférence et le repli sur son propre égoïsme se situent dans une opposition intolérable avec le « regard » du Christ ». Cette marche vers la Pâque du Seigneur, vers « la victoire du Christ ressuscité sur tout le mal qui opprime l’homme » (ibidem), est un appel exigeant à chacun et à chacune de nous à continuer à tisser les liens de fraternité si visiblement présents lors des célébrations de la Journée mondiale et plus discrètement, mais profondément évangéliques et d’une efficacité à toute épreuve, dans l’accueil, l’accompagnement et la défense des plus éloignés de la table. « Dieu ne permet pas que l’obscurité de l’horreur l’emporte », parce qu’Il a pris chair d’homme !

José da Silva avec l’équipe d’animation du SNPM

Le Secrétariat de la Pastorale des migrants (SNPM) est l’organe spécialisé dans la question des migrations de la Conférence des évêques de France