Abdou Diouf choqué par « l’immigration choisie » de Sarkozy

RFI 13 mars 2006
 
Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) estime « moralement inacceptable » le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur « l’immigration choisie ». Interrogé plus largement, dimanche, dans Le Progrès, un quotidien régional français, sur l’importance du rôle de la francophonie - qui englobe quelque 53 Etats et gouvernements membres de l’OIF -, l’ancien président sénégalais s’est indigné du projet de loi du ministre français de l’Intérieur, qui durcit les règles d’entrée et de séjour des étrangers en France

Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) estime « moralement inacceptable » le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur « l’immigration choisie ». Interrogé plus largement, dimanche, dans Le Progrès, un quotidien régional français, sur l’importance du rôle de la francophonie -qui englobe quelque 53 Etats et gouvernements membres de l’OIF-, l’ancien président sénégalais s’est indigné du projet de loi du ministre français de l’Intérieur, qui durcit les règles d’entrée et de séjour des étrangers en France.

Dans un entretien accordé au Progrès, un quotidien régional français, le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf (l’ancien président sénégalais), était invité à s’exprimer sur la langue française, la colonisation, la présence française en Afrique, et l’immigration. Il a déclaré combien il était heurté par le projet de loi du ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy (soutenu le 2 février dernier devant le Conseil interministériel de contrôle de l’immigration) : ce projet est « politiquement et moralement inacceptable », a déclaré Abdou Diouf. Dans ce projet de loi, Nicolas Sarkozy, opposé à la régularisation automatique des immigrés clandestins vivant en France depuis plus de dix ans, a globalement développé le concept d’une « immigration choisie et non subie » comme « principe fondateur de sa nouvelle politique d’immigration ».

Le ministre français de l’Intérieur a prôné en effet un durcissement des contrôles selon des « objectifs chiffrés de visas et de titre de séjour » en fonction des « capacités d’accueil en matière d’emploi, de logement et d’éducation ». En ce qui concerne les candidats aux études en France, Nicolas Sarkozy a proposé la création d’une « carte spéciale » qui serait délivrée aux « meilleurs » étudiants en contrepartie de « l’obligation de retourner chez eux afin qu’ils rendent à leur pays une partie du bénéfice de leur formation ». Plus généralement, il a préconisé un système « d’immigration à points » qui donnerait la priorité à un étudiant faisant le choix d’une voie universitaire « pour laquelle on manque d’étudiants (...). Une carte de séjour d’une durée de trois ans sera proposée aux migrants hautement qualifiés comme les scientifiques, informaticiens ou artistes. »

« Immigration régulée », « immigration partagée »

Faisant allusion à ce point du projet de loi, Abdou Diouf s’est indigné : « Je ne peux pas accepter que la France dise, unilatéralement : je choisis les immigrés diplômés de telle catégorie, et tous les autres, je n’en veux pas ». Il s’est déclaré, en revanche, favorable à un « trilogue, entre les pays émetteurs d’immigration, les pays de transit, et les pays d’accueil au niveau de l’Union européenne... », déclarant par ailleurs préférer l’idée d’une immigration « régulée » plutôt que celle d’une immigration « choisie ».

En France, en février dernier, les milieux associatifs et les différents partis de gauche avaient partagé le même point de vue et réagi dans le même sens, déplorant ensemble qu’au regard de cette nouvelle politique d’immigration : « ne seront ‘acceptables’ que les étrangers perçus comme rentables pour l’économie française ». « C’est le pays qui se sert », avait déclaré pour sa part Julien Dray, porte-parole du PS estimant que « sans coopération avec les pays d’origine, sans partenariat, il n’y a pas de maîtrise des flux migratoires », et plaidant, lui aussi, en faveur d’une « immigration partagée ».

L’objectif est « d’établir ensemble un cadre, avec des règles », a déclaré Abdou Diouf. Insistant sur la nécessité d’un dialogue entre les Etats, il a précisé qu’il ne parlait « pas de dialogue policier, mais d’un dialogue politique », alors même que le journaliste du Progrès lui faisait remarquer qu’un dialogue existait déjà au niveau des ministres de l’Intérieur et de la Sécurité des pays de l’UE.

Dominique Raizon