Manifestations contre le projet de Sarkozy

"la Nouvelle République" (Algérie), 4 avril 2006
 
L’immigration au cœur de la Place de la République

En prévision des débats des parlementaires français en début de mois de mai, sur le projet de lois de M. Sarkozy, sur l’immigration (CESEDA), les opposants à ce projet comptent intensifier leurs actions.

La place de la République, à Paris, a été hier, un espace politique d’un rassemblement « contre la réforme de la politique d’immigration » organisé par le collectif « Uni-e-s contre l’immigration jetable » dès 13h et ce jusqu’en début de soirée. Les 350 associations, collectifs de sans-papiers, syndicats ou fédérations politiques composant le collectif précité ont précisé que cette manifestation « n’est la première ni la dernière » et réitèrent leur opposition à ce projet qui « a une conception du monde selon laquelle les êtres humains sont moins égaux que jamais ». La manifestation est intervenue quelques jours après que le projet CESEDA ait été présenté à l’Assemblée nationale, mercredi dernier, le projet qui « vise à accueillir les seuls étrangers ‘utiles’ et à jeter les autres », selon le collectif. Par ailleurs, la Place de la République qui a été hier au rythme des discours politiques des manifestants a aussi été un espace rythmé par les groupes musicaux et artistes de divers horizons, et ce en vue d’afficher leur engagement contre le projet de Sarkozy, considéré comme « dérive sans précédent de l’Etat de droit », est-il souligné.

« Village de l’égalité des droits et de la solidarité internationale »

Les animateurs du « Collectif Uni-e-s contre l’immigration jetable » tout en rejetant le projet de Sarkozy, comptent à travers leurs actions jusqu’à mai prochain, « sensibiliser l’opinion française » et « convaincre » les parlementaires de présenter des amendements lors de leurs débats sur ce projet en mai . Pour Nathalie Ferret, présidente de l’association Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) et membre collectif précité a déclaré samedi à "l’Express" qu’« en réformant le droit d’asile, le gouvernement affirme qu’il veut en finir avec ce que lui appelle "l’immigration subie" pour l’"immigration choisie" ». Et dans le même ordre d’idées, Nathalie Ferret souligne que « l’immigration subie », terme dont M. Sarkozy s’emploie à souligner, à chaque fois qu’il s’exprime sur le CESEDA, que ce dernier « désigne des personnes qui ont normalement légitimité à demeurer en France » et « selon la future loi sont ainsi considérés comme "subis", les conjoints étrangers de Français... ce qui est une atteinte aux droits à la vie familiale », a-t-elle précisé. Et sur la nouvelle procédure inscrite dans le projet CESEDA pour l’obtention du titre de séjour, celle-ci est précédée d’abord par l’obtention des demandeurs d’un visa dit de long séjour auprès des autorités consulaires dans leur pays, Mme Ferret dira « que c’est un papier que les ambassades ont précisément pour consigne de ne pas donner ». Il y a lieu, par ailleurs, de prendre en compte l’adhésion, au fur et à mesure, d’autres Etats à l’Union européenne, d’où la révision de celle-ci en général et de la France en particulier, de leur politique d’immigration en provenance de pays hors de l’Europe.

Le marché du travail, les effets de la mondialisation, les nouveaux défis qui en découlent... sont autant d’éléments clés qui dictent l’approche européenne dont la France à la tête quant à l’immigration... mais faudrait-il pour autant opérer ainsi ? Sur ce, le texte de M. Sarkozy propose la délivrance de titres de séjours « à certains étrangers, selon leur métier et de la zone géographique », selon Mme Ferret qui, en enchaînant sur le passeport intitulé « travailleur temporaire d’une durée de moins d’un an », elle avertit que celui ci « laissera ainsi le travailleur à la merci totale de son employeur ». Explicitant, elle soutient qu’« en cas de licenciement, son titre ne sera pas renouvelé de plein droit et il n’aura pas droit aux allocations chômage » et Mme Ferret dira : « Le gouvernement va clairement dans le sens de la précarisation de l’emploi ». Une précarisation qui l’emmène à déclarer qu’« elle est du même acabit que les contrats première ou nouvelle embauche », le CPE en l’occurrence qui connaît, dans la durée, une forte opposition, exigeant son retrait.. Le titre de séjour « compétences et talents » d’une durée de validité de trois ans « proposé dans le projet de Sarkozy, celui ci est qualifié de "gadget" » par la présidente de Gisti dans son entretien à "l’Express", dira que « gadget qui a vocation à faciliter l’intégration rapide » de ceux dont la France a besoin, « sportifs, riches industriels... » et ce pour « le rayonnement de la France » et concluant Mme Ferret déclare que « le message est clair, seuls les meilleurs sont les bienvenus ». Autres complications dont les demandeurs de titre de séjour, de visas ou autres ont trait à l’aspect financier. Les candidats à l’immigration ou ceux intéressés pour de courts séjours ou autres ont vu ce volet financier s’accroître au fil du temps et se multiplier au rythme du nombre de documents à fournir qui lui aussi a connu une hausse... Du titre de séjour à l’attestation d’accueil, de la justification de moyens de subsistance suffisants à la délivrance de premier titre de séjour, au renouvellement de l’autorisation de travail. Ceci étant, chaque document fourni est une étape dépassée et celle-ci est ponctuée par des frais imposés, des frais qui, naturellement, alimentent les caisses de l’Etat français. Ce qui amène les animateurs de Gisti à dire qu’« à ce rythme-là, on ne peut s’empêcher de penser que la vieille recette : "faire payer les étrangers" a encore un bel avenir ».

Carence de statistiques fiables sur l’immigration à l’UE

« Les données disponibles sont faibles », a déclaré récemment M. Michel Poulain, co-auteur d’une étude de l’UCL financée par la Commission européenne sur l’harmonisation des statistiques européennes sur les migrations internationales (THESIM). Pour M. Michel, son étude montre que l’UE « ne dispose pas de données chiffrées suffisamment fiables sur les flux migratoires ». Il ressort que c’est une des raisons principales qui font que la politique adoptée par l’UE quant à se dossier comprend des carences pas moindres. Une étude qui fait apparaître la problématique des statistiques. A ce sujet, M. Poulain avance un exemple : lorsque l’Italie affirme que 10 000 Italiens sont partis en Allemagne, celle-ci « dit en accueillir 40 000... » Cette étude « vient plaider pour une meilleure harmonisation des données relatives à l’immigration » entre les 25 de l’UE.

« L’élaboration des indicateurs européens communs d’intégration » et ce « en vue de généraliser les processus de suivi et d’évaluer l’efficacité et l’impact des stratégies nationales ». Pour rappel, l’exécutif européen a déposé, l’année dernière, « un projet de règlement en ce sens » et qui fait l’’objet d’étude actuellement auprès des ministres européens de l’Intérieur ainsi qu’au Parlement européen. Le déplacement de M. Sarkozy, jeudi dernier, à Rome, accompagné d’une importante délégation, s’est fait pour assister au congrès du Parti populaire européen (PPE), rassemblant les formations de droite et de centre-droite des pays de l’Union européenne. Il a été aussi l’occasion pour le ministre français de l’Intérieur de rebondir sur la question de l’immigration. Il dira, en présence de M. Berlusconi, de Mme Angela Merkel et du président de la Commission européenne, présents également à cette rencontre, que le PPE devrait « définir la notion du partenariat privilégié, élaborer une politique d’immigration commune et déterminer les principes de la préférence communautaire ».

Une déclaration qui vient pour compléter « l’immigration choisie », terme de M. Sarkozy, dont celui-ci aura à faire face à une opinion croissante à travers « uni-e-s contre l’immigration jetable » en référence au CESEDA de M. Sarkozy.