« Non à l’immigration jetable » fait place comble

"l’Humanité", 3 avril 2006
 
Le concert initié par les Têtes raides contre le projet gouvernemental sur l’immigration a rassemblé, hier, plus de 10 000 personnes sur la place de la République

« Il faut s’accrocher des oreilles au coeur pour que l’on puisse enfin s’entendre », chante la Rue Kétanou. Face à la scène, la statue de la République est recouverte d’une banderole : « Non à l’immigration jetable. » Selon les organisateurs, entre 10 000 et 15 000 personnes étaient présentes, hier, à ce rassemblement contre le projet gouvernemental sur l’immigration. Sur scène, musiques et textes de protestation condamnent la nouvelle réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA).

Des arrestations dans les écoles

Passé en Conseil des ministres le 29 mars, ce projet de loi restreint radicalement le droit au séjour pour les étrangers en fonction de leurs « compétences et talents ». Une vision inacceptable selon le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable, soutenu par plus de 350 organisations politiques, syndicales et associatives et dont la pétition a déjà été signée par 22 000 personnes (1). « En France, on considère que l’immigration est un problème, dénonce, sur scène, les porte-parole du collectif. Les pratiques administratives et policières n’ont jamais été aussi dures et aussi illégales. » Et de rappeler les arrestations dans les écoles et les enfants en bas âge placés dans les zones d’attente. « Après le CPE et le CNE qui créent les travailleurs jetables, on crée les immigrants jetables ! »

Le règne de la suspicion

Hier, le rendez-vous était aussi musical : Bernard Lavilliers, Cali, Didier Lockwood, Dionysos, Louise Attaque, Souad Massi, les Têtes raides... Tous ont chanté leur refus d’une immigration choisie. « Elle est belle la France, avec son cortège d’indécence », tempête le Ministère des affaires populaires. « Le respect de la vie et de la dignité humaine est un principe auquel on ne peut pas déroger, assène Grégoire, des Têtes raides. Il faut réaffirmer la conviction en l’homme, car aujourd’hui elle est mise en danger. C’est le règne de la précarité. Suspicion envers la jeunesse, suspicion envers les chômeurs, suspicion envers les étrangers... »

Des discussions animées

Dans le public, l’ambiance est bon enfant, ce qui n’empêche pas la colère de poindre. Les jeunes, venus nombreux, apprécient l’affiche du concert, mais souhaitent aussi s’informer et dénoncer le projet de loi. « Pendant qu’on se mobilise contre le CPE, tempête Marine, étudiante de vingt ans, le gouvernement fait passer d’autres lois honteuses. » Militante contre le CPE la semaine, elle est bénévole cet après-midi pour lutter contre un projet qui prône « la rentabilité à tout prix ».

« Tes libertés sont les miennes », peut-on lire aussi sur les T-shirts du collectif qui permettent de financer le concert. Plusieurs tentes accueillent les organisations syndicales, politiques, associatives. Ici, on vient chercher des informations sur le projet de loi et les discussions vont bon train. « C’est une inégalité de plus, soupire Lucie, lycéenne à Compiègne. Et pourtant, on est censé vivre dans le pays des droits de l’homme... » Sur scène, Loïc Lantoine entonne une nouvelle chanson parlée : « Il n’est pas l’heure de la trêve, on ne laissera pas nos poings mourir »...

Marie Barbier

(1) www.contreimmigration jetable.org