Dimanche à Paris, contre l’immigration jetable

"l’Humanité", 1er avril 2006
 
Concert . Grégoire Simon, leader des Têtes raides, explique sa participation au rassemblement contre le projet de réforme de la loi sur le séjour des étrangers

Concert . Grégoire Simon, leader des Têtes raides, explique sa participation au rassemblement contre le projet de réforme de la loi sur le séjour des étrangers.

Une pléiade d’artistes sera présente à la première manifestation d’envergure contre le projet de loi de réforme des conditions d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile, pour « témoigner en paroles et en musique ». Ce rassemblement se veut autre chose qu’un simple concert. Il vient en appui à la pétition lancée par le collectif « Uni(e)s contre l’immigration jetable » qui totalise, aujourd’hui, plus de 17 000 signatures. Grégoire Simon, leader des Têtes raides, est à l’origine de cette mobilisation des artistes. Paradoxalement, il a réagi non pas au projet de loi, mais à la circulaire du ministre de l’Intérieur du 21 février qui détaille toutes les « ficelles » pour mettre la main sur les étrangers sans titre de séjour.

Pourquoi cette réaction à la circulaire et non au projet ?

Grégoire Simon. C’est vrai que, quand on a eu l’information sur ce texte qui justifie les arrestations jusque dans les blocs opératoires, nous avons percuté. Nous l’avons relayée, nous nous sommes concertés avec les associations pour savoir quelle opportunité nous avions de porter la mobilisation au-delà des collectifs et associations concernés. L’important est la mobilisation la plus large de ceux qui ont pour ceux qui n’ont pas, pour ceux qui n’ont aucun crédit, de la part des autorités, des médias, des politiques. Il faut que ceux qui ont des droits défendent ceux qui n’en ont pas. C’est aussi simple que cela. Nous avons passé des coups de fil et, en vingt-quatre heures, l’histoire était écrite. La circulaire formalise la loi. Elle est applicable immédiatement. Elle est abjecte, inacceptable, un enfant de cinq ans ne l’accepterait pas. Et le projet est de la même veine. Notre notoriété et notre liberté de parole font qu’il est fondamental que nous soyons de ce combat. Nous lançons aussi un appel aux sportifs pour qu’ils nous rejoignent.

Que révèle, pour vous, cette politique ?

Grégoire Simon. Je parlerais de mémoire et d’amnésie de l’histoire de France. Nous revenons soixante ans en arrière. Il ne s’agit pas d’une question de politique, mais d’humanité. Quel homme politique peut dire s’intéresser aux gens s’il n’est même pas humain ? Si politique, polis, cela veut dire cité, gens, les politiques ne peuvent pas décider de la vie et de la mort des gens.

Cette politique ne nourrit-elle pas le racisme ?

Grégoire Simon. Le racisme n’est pas seulement dirigé contre l’étranger, il l’est contre les jeunes, contre les seniors, contre les chômeurs. La question des étrangers est d’une inhumanité tellement criante qu’elle n’est pas tolérable. Mais, en même temps, c’est tout un système qui marche sur la tête. L’homme est le fondement du système. Il ne doit pas être sa finalité cynique, avec certains qui dirigent et certains qui subissent. Il faut replacer les choses dans l’ordre, avec l’homme au départ.

Entretien réalisé par Émilie Rive