Place de la République à Paris : "Non à une immigration et à une jeunesse jetables"

AFP 2 avril 2006
 
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche place de la République à Paris dans une ambiance musicale et bon enfant à l’appel d’un collectif de 350 associations qui demande le retrait du projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche place de la République à Paris dans une ambiance musicale et bon enfant à l’appel d’un collectif de 350 associations qui demande le retrait du projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration.

Tout au long de l’après-midi, travailleurs immigrés - avec ou sans papiers -, mais aussi jeunes de tous bords ont écouté les artistes venus témoigner leur solidarité au Collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable".

Présentant le rassemblement, Catherine Teule, vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, a dénoncé "la perspective utilitariste" du projet de Nicolas Sarkozy. "Ne sera acceptable que l’étranger perçu comme rentable pour l’économie", a-t-elle dit.

Selon les organisateurs, quelque 27.000 personnes étaient présentes dimanche après-midi. La police ne donnait pas de chiffre.

Au milieu de la place de la République, dans le parfum des merguez, avaient posé leurs tréteaux plusieurs des nombreuses associations et organisations du Collectif : LDH, Gisti, Mrap mais aussi la Ligue Communiste Révolutionnaire, Lutte Ouvrière, Association France Palestine etc.

Au pied de la statue centrale mais aussi sur les pelouses environnantes, se pressaient, à côté de petits groupes de sans-papiers réunis autour de leurs banderoles, une foule très bon enfant, venue, entre copains mais aussi en famille écouter les artistes annoncés : Bernard Lavilliers, Cali, Didier Lockwood, Dyonisos, Louise Attaque, les Têtes Raides et bien d’autres...

Au fur et à mesure de l’après-midi, de petits groupes de jeunes, souvent étudiants, affluaient sur la place, en plein mouvement de contestation du contrat première embauche (CPE).

Pour Anne, étudiante en sociologie, "le lien entre les immigrés et nous, c’est la précarité".

"Le gouvernement, renchérit Edouard, lui aussi en socio, veut choisir entre les bons jeunes et les autres. Et c’est pareil pour les immigrés : il y a les bons, ceux qu’on veut faire venir parce qu’ils sont qualifiés et les autres, ceux qu’on jette !".

Ce lien, entre "immigration jetable" et "jeunesse jetable", revenait comme un leitmotiv dans toutes les bouches.

De nombreux militants expliquaient aux badauds les "dangers" du nouveau projet sur l’immigration que le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a présenté mercredi dernier en Conseil des ministres.

Ainsi, la suppression automatique du droit à la délivrance d’un titre de séjour pour les étrangers présents depuis au moins dix ans.

Le "durcissement" aussi des conditions de l’immigration pour motifs familiaux inquiète aussi nombre de travailleurs immigrés. "C’est trop dur, dit ainsi Mamadou, jeune Malien, de penser que je vais rester séparé de ma femme et de mes petits enfants".

Les organisateurs du rassemblement ont appelé à une autre manifestation nationale le 29 avril contre le projet du ministre de l’Intérieur.

Par son projet sur l’immigration, le deuxième en trois ans, Nicolas Sarkozy entend priviélgier une immigration "choisie" et non une immigration "subie", se fondant sur l’idée que "l’immigration demeure aujourd’hui sans rapport avec les capacités d’accueil de la France et ses besoins économiques".