Contre la "précarisation" des immigrés

lexpress.fr 1er avril 2006
 

Le collectif Uni(e)s contre l’immigration jetable organise dimanche une grande manifestation, place de la République, à Paris, pour dénoncer le nouveau code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Nathalie Ferret, presidente de l’association Gisti - Groupe d’information et de soutien des immigrés - nous expose son point de vue

Interview de Nathalie Ferré

Pourquoi cette manifestation, dimanche, "contre l’immigration jetable" ?

Cet évènement est organisé par le collectif Uni(e)s contre l’immigration jetable - 350 associations, collectifs de sans-papiers, syndicats ou fédérations politiques - pour protester contre le projet de loi sur le nouveau code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) présenté à l’Assemblée nationale mercredi dernier. Beaucoup d’artistes ont répondu présent à notre appel, les Têtes raides, Lo’jo, Cali, Bernard Lavilliers, Louise attaque, Mano Solo et beaucoup d’autres. Parallèlement à cette opération de sensibilisation du public, nous nous efforçons aussi de convaincre les parlementaires de présenter des amendements au texte de loi qui sera discuté à l’Assemblée nationale les 2, 3 et 4 mai prochain.

Que reprochez vous au CESEDA ?

En réformant la loi sur le droit d’asile, le gouvernement affirme qu’il veut "en finir avec l’immigration subie et opter pour l’immigration choisie". Or, ces termes d’immigration subie ou choisie nous mettent mal à l’aise. En effet, l’immigration subie désigne ici des personnes qui ont normalement légitimité à demeurer en France - d’où une atteinte aux droits à la vie familiale et à la vie privée. Selon la future loi, sont ainsi considérés comme "subis" les conjoints étrangers de Français. La nouvelle version du texte prévoit en effet que ces derniers, pour recevoir un titre de séjour, obtiennent d’abord un visa dit de "long séjour" auprès des autorités consulaires de leur pays, papier que les ambassades ont précisément pour consigne de ne pas donner. Problème...

D’autre part, la loi attaque le droit dit de regroupement familial en imposant à qui veut être rejoint en France par ses proches de prouver auparavant qu’il "se conforme entièrement aux principes qui gouverne la République". Or, en l’absence de définition claire, ces principes resteront soumis à la libre appréciation des préfectures, une porte ouverte aux inégalités de traitement. Enfin, en supprimant le droit à la nationalité française des sans-papiers résidant illégalement en France depuis plus de 10 ans, le texte entend créer des sans-papiers perpétuels, ce qui est une atteinte à la liberté fondamentale.

Que faut-il entendre alors par immigration choisie ?

Clairement : une reprise de l’immigration légale du travail. Le texte propose de délivrer des titres de séjour à certains étrangers en fonction de leur métier et de la zone géographique. Le passeport intitulé "travailleur temporaire", d’une durée de moins d’un an, laissera ainsi le travailleur à la merci totale de son employeur. En cas de licenciement, son titre ne sera pas renouvelé de plein droit et il n’aura pas non plus droit aux allocations chômage. Cette proposition gouvernementale va clairement dans le sens de la précarisation de l’emploi. Elle est du même acabit que les contrats première ou nouvelle embauche, et c’est pourquoi nous nous étonnons que si peu de gens aient réagi.

Parallèlement, le texte propose aussi le titre de séjour "compétences et talents". D’une durée de validité de 3 ans, il sera attribué aux personnes "qui contribuent au rayonnement de la France", un gadget qui a vocation à faciliter l’intégration rapide de ceux dont on a besoin : sportifs, riches industriels, etc. Exit aussi les étudiants en recherche de formation initiale. Le message est clair : seuls les meilleurs sont les bienvenus.

Propos recueillis par Pauline Lecuit