Très utilitariste Grande-Bretagne

"le Figaro", 8 mars 2006 + "le Monde", 10 mars 2006
 

"le Figaro", 8 mars 2006

Londres aussi veut choisir ses immigrés

Quel ministre de l’Intérieur a bien pu inspirer l’autre ? Le ministre britannique, Charles Clarke, a dévoilé son nouveau plan sur l’immigration qui rappelle étrangement celui présenté en février par Nicolas Sarkozy. Ce dispositif « à points » propose à l’instar de l’Australie, de favoriser l’entrée des immigrés les plus jeunes et les mieux qualifiés, tout en restreignant l’accès des autres candidats.

Canada, Nouvelle-Zélande, Australie : ils sont déjà plusieurs pays à sélectionner leurs candidats à l’immigration. La France elle-même a présenté en février un plan allant dans ce sens. C’est au tour de le Grande-Bretagne de durcir le ton sur sa politique migratoire. « Nous voulons que des étudiants viennent dans nos universités et nous voulons les travailleurs hautement qualifiés dont notre économie a besoin, mais nous voulons prévenir les abus du système d’immigration », a déclaré le Premier ministre Tony Blair dans une vidéo-conférence devant des étudiants indiens.

Le dispositif présenté mardi ne devrait entrer en vigueur qu’à l’été 2007, et doit supplanter non moins de 80 règlements. Il repose sur un système de points, sur leur âge et leurs diplômes.

Cinq grandes catégories de candidats destinées aux immigrants hors de l’Union européenne vont voir le jour. La première concerne les médecins, ingénieurs, informaticiens et financiers qui seront les seuls à pouvoir entrer sur le sol britannique sans offre d’emploi préalable. Les enseignants, les infirmiers, les comptables et les salariés intermédiaires seront quant à eux les bienvenus dans les secteurs en manque de personnel, mais aucune offre d’emploi ne leur donnera un ticket pour la Grande-Bretagne.

Cinq catégories de candidats

Pour les travailleurs peu qualifiés, il faudra préalablement répondre à des offres bien spécifiques, pendant une période fixée à l’avance et avec la garantie de leur départ à l’issue du contrat. Dernières catégories, celles des étudiants et des cas particuliers, comme les sportifs.

Le ministre de l’Intérieur Charles Clarke s’est félicité de ce nouveau dispositif, jugé simple et favorisant « un bien meilleur contrôle de la situation ».

Les citoyens des dix pays qui ont intégré l’Union européenne en mai 2004 ne sont pas concernés par ce dispositif. Comme les autres Européens, ils jouissent déjà du même régime professionnel.

Le Royaume-Uni entend ainsi privilégier un recrutement sur son territoire, à défaut dans le reste de l’Union européenne et en dernier recours, en dehors de cette zone. « Le système doit donc servir d’abord à intégrer les immigrants hautement qualifiés ou qui remplissent des emplois qui ne sont pas remplis par les travailleurs britanniques ou de l’UE », détaillent les propositions.

www.lefigaro.fr/international/20060307.WWW00000035_londres_aussi_veut_choisir_ses_immigres.html

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"le Monde", 10 mars 2006

La Grande-Bretagne ouvre grands les bras aux immigrés qualifiés, pas aux autres

Londres, correspondant

La Grande-Bretagne accueillera à bras ouverts les travailleurs hautement qualifiés originaires de pays non-membres de l’Union européenne (UE) ; elle sélectionnera soigneusement les moyennement qualifiés en fonction de ses besoins, et dissuadera fortement, voire empêchera, les autres de venir travailler chez elle.

Ainsi peut-on résumer la nouvelle politique d’immigration du Royaume-Uni qui entrera en vigueur en 2008, et dont les détails ont été publiés mardi 7 mars. Ses grands principes avaient été annoncés il y a un an, au début de la campagne pour les élections législatives. Elle ne concerne pas les citoyens des dix nouveaux pays ayant intégré l’UE en mai 2004. Ceux-ci bénéficient, moyennant une obligation d’enregistrement, d’un accès libre au marché du travail britannique et du même régime professionnel que les autres Européens. Près de 350 000 Européens de l’Est - dont 60 % de Polonais - se sont installés officiellement en Grande-Bretagne pour y travailler depuis mai 2004.

Le plan, présenté par le ministre de l’intérieur, Charles Clarke, comme "plus juste, plus simple, plus transparent et plus rigoureux", repose sur un système de points inspiré des exemples australien, canadien ou néo-zélandais et comparable au projet présenté en France en février. Les candidats à l’immigration seront classés en cinq catégories et notés en fonction de plusieurs critères : âge, qualification, expérience, maîtrise de l’anglais, salaires précédents.

En haut de l’échelle, figurent les hommes d’affaires et les professionnels hautement qualifiés : médecins, ingénieurs, financiers, informaticiens. Ils pourront entrer dans le pays sans avoir reçu une offre d’emploi préalable, être accompagnés de leurs familles et s’installer définitivement après seulement deux ans. Certains entrepreneurs, désireux d’investir ou d’innover, échapperont même au test des points.

Dans la deuxième catégorie, les enseignants, comptables, infirmiers et autres salariés intermédiaires seront accueillis, avec leur famille, là où règne une pénurie de main-d’oeuvre. Mais la détention d’une offre d’emploi ne leur garantira pas ipso facto l’entrée dans le pays. Ils pourront s’y installer durablement au bout de cinq ans.

Les travailleurs peu qualifiés, notamment dans l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration, classés dans la troisième catégorie, devront avoir répondu à une offre précise, pour une durée fixée à l’avance, un an au maximum, et en garantissant leur départ au terme de leur contrat. Ils ne pourront ni amener leur famille ni s’installer dans le pays. Actuellement, tous les travailleurs présents en Grande-Bretagne depuis quatre ans peuvent prétendre à une résidence permanente.

Les deux dernières catégories concernent les étudiants, et des cas particuliers, comme les sportifs, les musiciens, les religieux, les vacanciers de longue durée.

Les candidats à l’immigration devront se faire connaître auprès des consulats britanniques. En cas de réponse négative, ils ne pourront plus faire appel. Un nouvel organisme, dépendant du ministère de l’intérieur, déterminera et chiffrera les besoins en main-d’oeuvre dans les secteurs déficitaires.

Le futur système est fondé sur la conviction que les travailleurs originaires des nouveaux pays membres de l’Union européenne seront assez nombreux pour accomplir les "petits jobs" en souffrance sans qu’il soit nécessaire de faire appel aux immigrants plus lointains. C’est parmi ces derniers que l’on trouve les travailleurs clandestins déjà présents, dont le nombre était estimé, en juin 2005, à 570 000.

Ce tour de vis sur l’immigration a aussi un objectif plus politique : rassurer une partie de la population, inquiète d’un afflux croissant d’étrangers dont l’intégration pèse lourdement sur des infrastructures publiques déjà déficientes.

Jean-Pierre Langellier

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