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Collectif sarthois contre l’immigration jetable

mardi 28 février 2006.
 
Déclaration du Collectif sarthois contre l’immigration jetable


Nous le disons clairement : le projet de loi sur l’immigration et l’intégration, qui devrait être prochainement présenté au Parlement, épouse les thèses de l’extrême droite sur la préférence nationale, l’immigration presque zéro, le protectionnisme. Ce projet n’offre pas de perspectives ; il est le fruit d’une politique de boutiquier (mais ici ce sont des humains que l’on compte) conduisant notre pays dans une voie contraire à ses vrais intérêts qui sont de s’ouvrir sans craintes excessives sur l’Europe et le monde global en construction.
Nous sommes parfaitement conscients que beaucoup de nos concitoyens sont peu sensibles, et même hostiles, à ce besoin d’ouverture. Dans une société complexe, où l’imaginaire de chacun amplifie les inquiétudes, nombre d’entre eux sont prêts à laisser faire une politique qui paraît répondre à leur besoin immédiat de protection et de sécurité en écartant de leur horizon tous les étrangers considérés comme inutiles et dangereux.
C’est bien pourquoi, en référence à une vision positive de la place de la France dans le monde et aux valeurs de la République et de la démocratie, il nous faut dénoncer sans relâche ce projet de loi nourri par l’hostilité à l’encontre des étrangers ; la xénophobie étant son vrai ressort souligné par l’expression même d’immigration ‘’choisie’’.
Nous sommes dans un moment où la France, si elle n’y prend garde, peut à nouveau tomber dans le déshonneur par l’abandon, au nom d’intérêts immédiats, des valeurs qui constituent une société digne et vivable. Nous refusons d’être, par le silence, les complices de cette politique.
Sans entrer dans le détail d’une loi très tatillonne, et en sachant que ses textes d’application risquent d’aggraver encore la situation, nous devons dénoncer :

- L’ inacceptable remise en cause des droits de l’Homme
La reconnaissance et le respect des droits de l’Homme constituent le socle de la société française et du pacte républicain. Les Français doivent savoir que toute mesure à l’encontre des droits fondamentaux, même si elle ne semble prise qu’à l’encontre des étrangers, aura, un jour ou l’autre, un effet sur leur propre situation ou sur celle de leurs proches. On ne touche pas impunément aux droits fondamentaux difficilement conquis.
Or, le projet de loi :

- Une sorte de recolonisation
L’accueil privilégié des étrangers dont l’administration aura attesté des ‘’compétences et talents’’, la négation des sans-papiers à vie (même ceux qui pendant plus de dix ans n’auront jamais eu affaire à la justice ou à la police), la surexploitation de la main d’œuvre étrangère selon divers types de contrats de travail tous précaires, sont la flagrante illustration de cette sorte de recolonisation qui sera explicitement ressentie comme telle par les anciennes colonies françaises.

- La fermeture au monde, entendu comme la communauté des humains
C’est une grave erreur de stratégie économique. En effet la France peut et doit accroître sa population, dont la densité reste faible, et sa diversité, source et condition de dynamisme, pour jouer son rôle en Europe et dans le monde.
Cette attitude de fermeture, contraire aux intérêts de la France, est dénoncée par de plus en plus d’observateurs. Il est ainsi constaté que le Royaume-Uni, l’Irlande, la Suède, l’Espagne et l’Italie récoltent les bénéfices économiques et financiers (amélioration des comptes sociaux) de leurs récentes décisions d’ouverture du marché du travail à des étrangers.

- La mise à mal de la Francophonie
Que restera-t-il demain de la francophonie après la ‘’rupture’’ avec la pratique de l’accueil encore ouvert, quoique déjà très contrôlé, des étudiants étrangers ? L’accueil d’une ‘’élite’’ ne suffira pas pour préserver la pratique usuelle de la langue française. Actuellement chaque étudiant étranger, excellent ou moins bon, qui apprend et pratique la langue française pour suivre ses études en France est un ambassadeur potentiel de notre langue et de notre culture.
En outre, la réduction du nombre d’étudiants étrangers créera un risque très réel pour des formations universitaires à faible effectif mais utiles aux étudiants français et à l’activité de recherche et d’enseignement universitaire au service de la connaissance.
Où iront les étudiants qui ne pourront plus venir en France ? Tous ceux qui le pourront s’orienteront vers d’autres pays puisque l’enseignement supérieur trouve sa dynamique dans l’échange.

Au total, dans son intérêt bien compris, la France ne doit pas chercher à tirer profit des étrangers et de la misère du monde.

Cette politique n’est qu’une impasse :
il faut retirer ce projet de loi.



Les membres du Collectif sarthois contre l’immigration jetable, membre du collectif national "Uni(e)s contre une immigration jetable" : ACAT, ADECR, ATAMS, ATTAC, UD-CGT, CNL72, FAL, FSU, JCR, LCR, LDH , Les Verts, Libre pensée72, MJS, Ni putes ni soumises, Pastorale des migrants, PCF, Relais femmes Ici Ailleurs, RESF, Sud éducation, Sud étudiants, Sud santé, Solidaires 72 et des adhérents individuels.